GM doit s'engager ou rembourser

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du vendredi 30 août 2002

Mots clés : gm, fermeture, remboursement

Les dernières voitures sont sorties cette semaine de l'usine General Motors, à Boisbriand. Il y a un an, après plusieurs années de tergiversations, GM a finalement décidé d'abandonner son usine de Boisbriand. Même si, en agissant de la sorte, GM n'enfreint aucune clause du contrat d'emprunt de 30 ans qui le lie aux gouvernements, la multinationale doit faire le choix entre rembourser immédiatement son emprunt, payer les intérêts dus pour les années à venir ou maintenir sa présence au Québec en s'engageant dans le développement de produits légers destinés à ses usines nord-américaines. C'est une question d'éthique.

Triste moment pour les travailleurs de Boisbriand, même si la plupart d'entre eux profiteront de conditions de séparation avantageuses. Triste conclusion aussi pour l'économie du Québec, qui perd ainsi la seule usine de montage d'automobiles digne de ce nom.

L'histoire de GM-Boisbriand n'aura duré qu'une trentaine d'années, le temps nécessaire pour constater que le Québec ne profiterait jamais sérieusement du fameux Pacte de l'auto signé en 1965 par le Canada et les États-Unis. Grâce à cet accord commercial, les grands de l'auto des États-Unis s'engageaient à produire au Canada autant de voitures qu'ils y en vendraient, en échange de quoi il leur serait possible d'importer, en franchise de droits, des modèles produits n'importe où au monde.

Lorsque, quelques années plus tard, GM installa sa première usine québécoise à Boisbriand, plusieurs se mirent à rêver d'un nouveau partage avec l'Ontario. Rêve sans suite, du moins si l'on exclut le bref séjour de la coréenne Hyundai, à Bromont.

En fait, contrairement à ce qui s'est passé aux États-Unis, l'industrie de l'auto concentra tous ses investissements dans une seule région canadienne malgré les efforts répétés des gouvernements qui se sont succédé à Québec.

Si la fermeture de GM fait moins mal aujourd'hui que cela eût été le cas il y a seulement cinq ans, c'est évidemment parce que l'économie du Québec s'est diversifiée à la faveur de dix années de croissance continue. De même pour la région des Basses-Laurentides, qui s'est aussi beaucoup développée entre-temps.

Cela dit, on ne peut que déplorer amèrement cette décision de GM de fermer Boisbriand au lieu d'une usine ontarienne de taille équivalente. Étant donné le nombre élevé de postes de travail dans les usines de GM en Ontario, les possibilités pour la compagnie de replacer les plus jeunes travailleurs mis à pied auraient été infiniment plus élevées.

Au moment d'annoncer la fermeture, il y a un an, GM s'est engagée à compenser les emplois perdus en encourageant la création d'un nombre équivalent de postes de travail chez ses fournisseurs du Québec. Tant mieux si le scénario se réalise à brève échéance, mais pour le plus long terme, tout le monde aura oublié cette promesse d'ici quelques années.

De son côté, Québec vient tout juste de présenter une «proposition d'affaires» par laquelle il souhaite que GM s'engage dans le développement de pièces faites d'aluminium ou de magnésium. On ne connaît pas le contenu précis de la proposition, mais on ne peut qu'insister auprès de la compagnie pour qu'elle étudie sérieusement cette offre. Car si, pour des motifs de logistique, le Québec ne peut plus faire partie de la stratégie des grands de l'auto pour ce qui est de l'assemblage des voitures, il dispose des atouts nécessaires pour la fabrication de produits d'avenir.

Quant au prêt de 220 millions, sans intérêts, consenti en 1987 par les deux ordres de gouvernement pour la construction d'un atelier de peinture, il va de soi que, si GM ne donne pas suite aux propositions d'affaires du Québec, la décence voudrait qu'elle rembourse immédiatement l'argent dû. Ou qu'elle verse les intérêts d'ici l'échéance, en 2017, ce qui serait un moindre mal. Au taux hypothétique de 8 % par année, ce prêt remboursable en totalité la trentième année représente un don de plus de 500 millions pour l'ensemble de la période, donc de 250 millions pour les 15 années qui restent. Sans un remboursement immédiat, ce sont les contribuables qui, par le service de la dette de leurs gouvernements, lui feront cadeau chaque année, au jour de l'An, d'une somme d'au moins 15 millions d'ici 2017. N'est-ce pas beaucoup pour une usine fermée?

jrsansfacon@ledevoir.ca


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