Les Basses-Laurentides se retroussent les manches - Entre l'espoir et la résignation

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Éric Desrosiers
Édition du samedi 24 et du dimanche 25 août 2002

Mots clés : gm, fermeture

Le maire de Boisbriand ne fait pas son deuil de l'industrie automobile

Le coeur de la région des Basses-Laurentides balance entre l'espoir et la résignation, à la veille de la fermeture de l'usine d'assemblage de General Motors (GM) à Boisbriand. Pour les uns, cette nouvelle épreuve pourrait bien constituer l'occasion d'effectuer un virage stratégique vers l'automobile du futur. Pour les autres, elle sonne simplement le glas d'une époque et d'un secteur d'activité.

On l'aurait imaginé écrasé sous le poids de l'accablement au fond d'un bureau dont il ne voudrait plus sortir, de peur d'être reconnu sur la rue par des concitoyens furieux en quête d'un bouc émissaire. Le maire de Boisbriand, Robert Poirier, affiche plutôt le sourire et l'assurance de celui qui ne peut pas croire que les choses ne finiront pas par s'arranger.

Il faut dire qu'en dépit de l'annonce de la fermeture de sa principale industrie, sa municipalité vient à peine d'être couronnée «ville de l'année» par la revue Commerce, tant ses parcs industriels se remplissent et les innovations économiques et civiques s'y multiplient. Stratégiquement située au croisement des autoroutes 15, 13 et 640, la ville de 27 000 habitants a la bonne fortune d'être prise en sandwich entre, au sud, une métropole montréalaise en pleine renaissance et, au nord, une nouvelle zone franche à Mirabel en plein développement, avec pour résultat qu'un peu moins de 10 % de ses revenus fiscaux découlent encore aujourd'hui de la présence de l'usine GM sur son territoire, contre 40 % dans les années 60.

Le maire de Boisbriand ne fait pas pour autant son deuil de l'industrie automobile, bien au contraire. «Ce serait plus facile de baisser les bras, convient-il. Mais je suis convaincu que l'on a tout ce qu'il faut pour devenir d'ici dix ans une région phare dans le domaine de l'automobile. On appelle cela la Cité de l'automobile.»

Pour bâtir cette Cité, il serait de loin préférable que GM maintienne la production dans son usine. «Ne serait-ce qu'une production limitée, dit-il. Si tout arrête, les gens risquent de perdre rapidement espoir.» Sinon, on souhaite à tout le moins que la compagnie ne décide pas de raser ses installations au terme du délai de réflexion d'un an qu'elle s'est fixé. D'autres entreprises, en effet, pourraient être intéressées, d'ici cinq ou dix ans peut-être, à venir y construire les voitures électriques ou hybrides du futur.

Masse critique

Pour les attirer, poursuit Robert Poirier, qui préside également le Comité de soutien à l'industrie automobile des Basses-Laurentides, il suffira de constituer une masse critique d'entreprises liées à la transformation des matériaux de l'avenir et à la fabrication des composantes automobiles. Des entreprises comme la norvégienne Raufoss, spécialisée dans les pièces d'aluminium, et l'ontarienne Trimag, productrice des pièces de magnésium, qui sont récemment venues s'installer en périphérie de l'usine GM, mais qui devraient pouvoir rester rentables en dépit de la fermeture de l'usine d'assemblage.

Le principal obstacle à ce projet vient, pour le moment, des ministères québécois des Affaires municipales et de l'Environnement, qui ne lui trouvent pas de place parmi les six pôles économiques fixés dans leur cadre d'aménagement de la région de Montréal et qui refusent de lui accorder le dézonage des terres agricoles situées en bordure de l'autoroute 13 et de son éventuel prolongement. «Les gens sont frileux, déplore le maire Poirier, ils ont peur de leur ombre. Ces terrains sont en friche depuis des années.»

Ces projets arriveront trop tard pour venir en aide aux entreprises dont l'existence était directement liée aux activités de l'usine GM. C'est le cas de l'usine TDS Automotives installée juste de l'autre côté de l'autoroute 15, à Sainte-Thérèse. Anciennement connue sous le nom de Mackie, elle devait cesser définitivement sa production hier, après 17 ans d'activité. Reposant sur le concept dit de la production «juste à temps», l'usine se vantait de n'avoir besoin que de 90 minutes pour recevoir la commande d'un tableau de bord, l'assembler, le livrer chez GM et le voir installé dans le véhicule auquel il était destiné. On y produisait une multitudes d'autres composantes comme des différentiels, des calandres et des colonnes de direction. Tout ce système minitieusement réglé s'est malheureusement effondré avec l'annonce de l'arrêt de la production de GM à Boisbriand.

«Étonnamment, je vous dirais que l'ambiance est plutôt bonne ces jours-ci», confiait la semaine dernière son directeur, Gilles Allard. Après s'être démenée sans succès pour trouver de nouveaux contrats, notamment auprès de Bombardier, la direction a pris le parti de consacrer ses derniers efforts à trouver un nouvel emploi à chacun de ses 140 employés. Des annonces ont même été publiées dans les hebdomadaires de la région. Les plus chanceux seront transférés à la seule autre usine de la compagnie au Québec, dont le client principal est l'entreprise de camions Paccar. D'autres pourraient se retrouver, par exemple, chez un embouteilleur d'eau de source de la région. «Le marché de l'emploi est relativement bon dans la région, note Gilles Allard, à condition de ne pas être trop exigeant.»

Un délai

À l'usine d'assemblage de sièges d'auto WBF Technologies de Saint-Jérôme, on s'accorde encore quelques semaines pour trouver un remplaçant à GM. Propriété de l'ontarienne Woodbridge Foam, elle cessera sa production en même temps que l'usine d'assemblage, mais gardera à pied d'oeuvre son personnel de direction jusqu'à la fin novembre. «La philosophie de Woodbridge a toujours été de s'installer à côté des usines d'assemblage et de plier bagages aussitôt que l'usine ferme, explique le directeur de l'usine de 70 employés, Paul Racine. Mais ce coup-ci, notre usine a tellement été rentable au cours des 17 dernières années qu'ils ont décidé de voir s'il n'y aurait pas moyen de poursuivre nos activités dans un autre secteur.»

«Il a fallu refaire toute notre image parce que personne ne nous connaissait en dehors de GM, poursuit-il. Le problème, c'est qu'il faut du temps avant de se faire une place auprès d'une autre grande entreprise comme Bombardier, et du temps, on n'en a justement pas.»

Les résultats des démarches entreprises dans le domaine du transport et de la consommation sont attendus avec anxiété par les employés, dont la plupart sont là depuis les tout débuts. «Ce n'est pas facile. Le moral est bas», constatait Paul Racine, la semaine dernière.


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