Sondage Léger Marketing - Nos bambins, des tyrans?
Mots clés : tyrans, adolescents
Les Canadiens estiment que la violence est surtout le fait des adolescents, mais la réalité est tout autre

Photo: Jacques Grenier
C'est donc dans le but de souligner au public cette discordance entre l'opinion populaire et la situation réelle, discordance qui risque de compromettre le financement des programmes à la petite enfance alors qu'ils sont de toute évidence les plus adaptés pour prévenir la violence à long terme, que le CEDJE a commandé à Léger Marketing un sondage sur les perceptions des Canadiens à l'égard de la violence manifestée par les jeunes au pays.
Ce sondage, qui se veut également un préambule aux deux colloques internationaux sur l'agressivité qui se tiendront à Montréal au cours de la prochaine semaine, nous apprend donc que plus du tiers (37 %) des Canadiens estiment que les garçons manifestent de l'agressivité physique surtout entre 12 et 14 ans, 24 % d'entre eux la situent au coeur de l'adolescence, entre 15 et 17 ans, et 18 % l'attribuent aux préadolescents de 8 à 11 ans.
Le portrait qu'on dresse des filles est comparable: 42 % des répondants croient en effet que les filles ont recours à la violence principalement entre 12 et 14 ans et 27 % l'associent aux jeunes adolescentes de 15 à 17 ans.
Une des raisons qui nous font croire que les adolescents utilisent plus souvent l'agression physique que les marmots de trois ans est liée aux conséquences de leur agressivité, celles-ci étant beaucoup plus redoutables et dérangeantes compte tenu de leur plus grande taille et de leur plus grande force physique, explique le psychologue Richard Tremblay.
Une autre perception erronée consiste à croire que les filles âgées entre 6 et 11 ans sont aussi nombreuses que les garçons à agresser physiquement les autres -- c'est l'opinion de 41 % des Canadiens. Les résultats des recherches révèlent plutôt que les filles ont nettement moins de comportements violents que leurs comparses de sexe masculin et que cet écart s'accentue avec l'âge, rappelle le professeur de l'Université de Montréal.
Concernant la préférence des Canadiens d'investir en priorité les fonds publics auprès des adolescents (41 %) et des enfants du primaire, âgés de 5 à 11 ans (33 %), Richard Tremblay ne cache pas sa profonde déception. «L'essentiel de l'apprentissage des comportements sociaux et de la maîtrise de l'agressivité physique s'effectue durant la petite enfance [0-5 ans], explique-t-il. Si nous n'intervenons pas durant cette période, il est ensuite extrêmement difficile de rattraper le coup.»
Punition physique
Le sondage Léger Marketing nous montre également que plus de 50 % des Canadiens semblent utiliser la punition physique durant les sept premières années de la vie de leurs enfants. Aussi, 29 % des personnes interrogées affirment que c'est entre 0 et 4 ans que les parents font le plus souvent appel à ce genre de correction tandis que 28 % les destinent aux enfants âgés entre cinq et sept ans. «La punition physique ne semble pas favoriser l'agressivité physique chez les enfants, avance Richard Tremblay. Si c'était le cas, il y aurait énormément plus d'enfants qui maintiendraient leur agressivité étant donné le nombre de parents qui frappent leurs enfants. Il n'est toutefois pas clair si ce genre de punition nuit ou aide les enfants.»
Il est par contre évident que les parents qui sont extrêmement sévères et qui infligent des punitions physiques d'une rare violence peuvent engendrer des problèmes sérieux chez leurs enfants, précise le chercheur. Les enfants battus peuvent réagir de deux façons: certains développeront une agressivité exacerbée et d'autres deviendront très inhibés. Chose certaine, «ces parents qui ont recours à la violence étaient fort probablement des enfants qui n'ont pas appris à contrôler leur agressivité physique en bas âge».
Finalement, le sondage nous informe que les deux principales préoccupations des Canadiens sont la pauvreté (32 %) et la violence chez les jeunes (également 32 %). Le suicide chez les jeunes (12 %) vient en troisième position, suivi de l'échec scolaire (11 %) et de la santé des jeunes (8 %).
Sur la question de la pauvreté et de la violence, les Québécois sont au diapason (31 %) avec le reste du pays. En revanche, le suicide chez les jeunes inquiète davantage les habitants des Maritimes (23 %) et du Québec (19 %) que la moyenne canadienne, et surtout plus que les provinces plus riches, telles que l'Ontario (10 %), l'Alberta (6 %) et la Colombie-Britannique (5 %).
Par ce sondage, l'équipe du CEDJE espère sensibiliser le public, les décideurs politiques et les planificateurs de services à l'importance d'accorder davantage d'attention à la petite enfance si l'on désire résoudre à sa source le problème de la violence dans notre société.

