Mort et résurrection des communautés religieuses
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Des moines en jeans éliront domicile sur le Plateau à la place des pères du Saint-Sacrement
Il y a les communautés religieuses traditionnelles et il y a les autres. Les unes se vident, les autres gagnent en popularité. Le Plateau Mont-Royal sera bientôt témoin de cette passation de la croix entre l'ancien et le moderne.Selon ce qu'a appris Le Devoir, la Fraternité monastique de Jérusalem, qui souhaite s'implanter au Québec, est actuellement en pourparlers avec les religieux du Saint-Sacrement à la suite de démarches entreprises par le cardinal Jean-Claude Turcotte et son entourage. Ces derniers réclament en effet depuis un certain temps la venue de ces moines urbains dans le diocèse de Montréal. Le Plateau aurait finalement été choisi pour les accueillir, ce qui obligerait les pères actuellement en place à déménager leurs pénates rue Saint-Hubert.
Questionné à ce sujet, le porte-parole de la congrégation européenne, le frère David, s'est voulu circonspect. «Il est vrai que c'est le site pressenti, a-t-il affirmé lors d'une entrevue téléphonique. La chose est prise très au sérieux [par notre fraternité].» Il n'a toutefois pas voulu en dire plus sur les négociations en cours, se risquant néanmoins à indiquer que le Plateau «est un quartier très stimulant pour [eux]».
Vie monastique urbaine
La Fraternité monastique de Jérusalem est une congrégation religieuse née en 1975 à Paris. Elle compte à l'heure actuelle 160 frères et soeurs disséminés un peu partout en Europe. Alors que la majorité des membres habitent la capitale française, certains résident à Strasbourg, à Florence, à Bruxelles, etc. La particularité physique de ces moines des temps modernes, c'est qu'ils portent une bure entièrement faite de denim, symbolisant ainsi leur insertion dans la ville.
«Nous vivons les exigences de la vie monastique en milieu urbain, explique le frère David. Cela permet de vivre une solidarité avec les hommes d'aujourd'hui et de témoigner auprès d'eux de l'absolu de Dieu.»
Ainsi, le monastère qui abrite les moines, à Paris par exemple, n'est pas ceinturé d'une grille ou de hauts murs. «La seule clôture est morale, précise le frère, ce qui nous permet d'être complètement insérés dans le milieu urbain.»
Mais cela ne signifie pas pour autant que les religieux de cette communauté vivent comme tout le monde. Ne déviant jamais du nécessaire de la vie quotidienne, ils ne se permettent pas, notamment, d'aller au cinéma ou d'assister à une pièce de théâtre. La vie des moines en est une de contemplation. Un point c'est tout. Mais cette contemplation ne leur interdit pas de se mêler à la foule urbaine. C'est pourquoi les religieux ont tous un emploi à temps partiel en dehors du monastère, un emploi très humble s'entend. Certains font du secrétariat, d'autres font le ménage, mais tous doivent ainsi faire un aller-retour quotidien leur permettant de suivre le rythme de la ville qu'ils habitent.
Une vitalité
«[La Fraternité] fait partie de toute cette floraison de nouveaux types de regroupements de gens qui se réunissent autour d'aspects communs, explique la directrice du Centre d'études des religions, Solange Lefebvre. Ces nouvelles formes de vie consacrée ont une grande vitalité.»
Ainsi, durant la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ) à Toronto, les communautés traditionnelles côtoient ces organisations où la foi chrétienne est vécu autrement. On peut ainsi voir les moines franciscains et leurs bures typées, les carmélites et leurs voiles distinctifs... mais aussi les moines de Jérusalem en jeans et les futurs prêtres de l'Ordre du coeur immaculé et de Saint-Louis-Marie de Montfort à l'habit bleu royal et blanc sur lequel apparaît une croix blanche et des coeurs. Ces derniers, pour la plupart, habitent L'Avenir, un petit village situé non loin de Drummondville. La communauté, qui existe depuis 1988 et qui a des antennes un peu partout dans le monde, est très représentative de ces nouvelles organisations (dites ecclésiales) qui accueillent religieux, familles, laïcs, enfants et autres, selon Mme Lefebvre.
Résidant dans un même «campus», tous ces gens prient et travaillent ensemble «dans une nouvelle forme de vie consacrée et autosuffisante, précise le fondateur, le père Yves-Marie Blais. Chaque communauté est un petit village en soi dont la devise est "Prier et travailler".» La majorité des gens qui y habitent travaillent donc sur le site où ils cultivent la terre, font la classe aux enfants, s'occupent des animaux de la ferme, vendent des produits à la boutique, etc. L'autosuffisance de la communauté repose en partie sur la vente et la mise en marché de ces produits.
Pour la théologienne de l'Université de Montréal, ces groupes, aussi différents puissent-ils être l'un de l'autre, répondent à un même besoin: celui de vivre l'Évangile de manière plus intense, plus approfondie. En outre, ils s'inscrivent dans l'air du temps en offrant aux membres une spiritualité qu'ils ne peuvent trouver ailleurs.
«Il ne faut pas oublier, précise Solange Lefebvre, que les jésuites et les franciscains, pour ne nommer que ces deux exemples, sont également nés de cette façon, avec seulement une poignée de membres. [...] La mort du fondateur représente souvent le vrai test de longévité.»
Avec la collaboration
de Fabien Deglise

