Le poivre de la Terre

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Stéphane Baillargeon
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 juillet 2002

Mots clés : dissidence

L'Église ne réussira jamais à se débarrasser de sa dissidence

Toronto -- Le pape chérit l'assurance dogmatique, l'infaillibilité, l'unanimité. Dans les faits, l'Église est une et diverse, tout à la fois unie et multiple. Et cela dure depuis le début de l'ère chrétienne, les schismes et les hérésies le disputant depuis toujours aux positions hétéroclites. Jusqu'au sein même de l'institution catholique, deux fois millénaire: un franciscain n'est pas un jésuite, et ce dernier n'est pas une cloîtrée.

La diversité s'affiche à la Journée mondiale de la jeunesse, qui se poursuit jusqu'à demain à Toronto. Les frères des ordres mendiants côtoient les cardinaux de la puissante curie romaine. Elle s'affiche plus timidement en dehors de l'événement, les contestataires se faisant rares.

«Les gens sont fatigués de contester à vide les positions de l'Église catholique. Pourtant, ces positions archaïques demeurent inacceptables», dit Michael Chan, un des organisateurs de Challenge The Church, un mouvement contestataire, anti-JMJ, qui s'est activé toute la semaine à Toronto.

«Ici, à Toronto, pendant la JMJ, les évêques et les cardinaux ont répandu un message de haine et de discrimination, allant jusqu'à favoriser la mort avec cette politique contre les préservatifs alors que l'épidémie du sida a déjà fait des millions de morts et d'orphelins», poursuit le jeune à la chevelure hirsute et bariolée, qui se présente comme «un jeune catholique critique».

Le mot d'ordre de la JMJ demande aux participants de devenir «le sel de la Terre». M. Chan, lui, a choisi d'en incarner le poivre.

Le jeune d'origine asiatique est devenu une bête à médias quand la police torontoise a tenté de l'empêcher de distribuer des condoms aux JMJistes. «Si vous ne pratiquez pas l'abstinence, ne vous fiez pas à votre ange gardien», dit le texte des autocollants apposés sur les sachets chanceux lubrifiés, pur latex, qu'il semait quand même à tous vents. Pour le reste, les activités de Challenge The Church n'ont rameuté que quelques porteurs de caméra, micro ou stylo.

Le mouvement a installé son quartier général dans Trinity Church, un lieu de culte anglican reconnu pour ses positions de gauche depuis des décennies. Il est maintenant fréquenté quotidiennement par quelques dizaines de personnes et même par quelques JMJistes. L'église, érigée en 1847, survit à l'ombre du gigantesque Eaton Center. Près du porche, une liste de noms rappelle les sans-abri morts dans la rue au cours des dernières années.

Hier matin, le centre des récalcitrants organisait une conférence de presse pour donner la parole à des représentants de groupes allemand, américain et canadien de victimes de sévices sexuels de la part de religieux. L'Église catholique des États-Unis croule sous les scandales. Les coalitions germent partout en Europe.

Comme quoi l'opposition à l'Église ne s'essouffle pas partout...


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