Étude du Mouvement Desjardins - Les Québécois plus riches

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Claude Turcotte
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 juillet 2002

Mots clés : richesse

Mais il leur reste du chemin à faire avant de rattraper leurs voisins

Le Québec a fait un bond remarquable en 20 ans sur le plan du produit intérieur brut par habitant, ce qui a contribué à rendre les ménages plus riches; mais en comparaison des progrès réalisés au Canada et surtout aux États-Unis, il reste encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre un même niveau de richesse.

Les économistes Danny Bélanger et Mario Couture, de la division des Études économiques du Mouvement Desjardins, se sont penchés sur le dossier de la richesse des ménages québécois entre 1981 et 2001. Sur la base du PIB réel par habitant, le Québec a fait un bond de 37,3 %, en comparaison de 36,7 % pour le Canada.

Le PIB est évidemment une mesure universellement admise pour mesurer la richesse. Toutefois, celle-ci peut être raffinée si l'on y applique la théorie des parités de pouvoir d'achat (PPA) pour tenir compte de la valeur relative des monnaies. Ce faisant, on peut constater que le PIB ajusté des États-Unis était estimé à 35 843 $US en 2001, au second rang après le minuscule Luxembourg et loin devant le Québec, avec un PIB ajusté de 25 849 $US.

Ainsi donc, le niveau de vie des Québécois accusait un retard de 38,7 % par rapport à celui des Américains, comparativement à 40,9 % en 1981. En regard du Canada cependant, l'écart québécois est passé de 17,4 % en 1981 à 13,3 % en 2001. Ceci étant dit, le Québec n'était pas le dernier venu non plus, puisqu'il dépassait trois pays du G8, soit la France, le Royaume-Uni et la Russie, laquelle fait partie de ce club pour d'autres raisons que ses performances économiques.

Norme absolue

Les auteurs de l'étude rappellent par ailleurs que le PIB par habitant ajusté selon la PPA n'est pas davantage la norme absolue puisqu'elle ne tient pas compte de l'environnement social, par exemple des systèmes d'éducation et de santé. Par ailleurs, pour mesurer la richesse des ménages, il faut aussi prendre un considération leur situation financière, notamment leur bilan, leur taux d'épargne, leur taux d'endettement, leur actif financier et non financier et finalement la valeur nette de leur patrimoine.

Le taux d'épargne peut être établi selon les comptes publics ou selon l'avoir net qui tient compte de l'appréciation du bilan. Selon cette dernière façon de calculer, le taux d'épargne des ménages québécois est un peu plus faible que dans les années 1980 et il fluctue autour de 21 % depuis le début des années 1990, en comparaison d'un taux moyen de 8 % pour celui qui est tiré des comptes économiques. Les économistes concluent qu'en dépit de la baisse de leur taux d'épargne personnelle, calculé sur les comptes économiques, le bilan des ménages n'a pas été trop affecté.

Au demeurant, les ménages québécois améliorent leur bilan, puisqu'il a triplé depuis 20 ans, grâce à l'essor de l'actif financier. Au 31 décembre 2001, l'actif des ménages s'établissait à 766,2 milliards, dont 400 milliards sous forme d'actif financier et 366,3 milliards sous forme d'actif non financier. Cet actif qui croît à un rythme annuel moyen de 8,3 % depuis 20 ans ne composait que 38,5 % du patrimoine des ménages en 1981, alors qu'il en constitue maintenant 52,2 %.

Le passif

En contrepartie de l'actif, il y a le passif. Les ménages québécois ont augmenté leurs emprunts au rythme de 7,1 %, soit une croissance moins rapide que celle de l'actif, si bien que, depuis 1991, l'avoir net en pourcentage de leur actif total n'a cessé d'augmenter pour se fixer à 82,4 % ou 631,8 milliards en 2001. Pendant cette même période, les ménages américains ont augmenté leurs emprunts de 16,9 %.

MM. Bélanger et Couture constatent donc que les ménages québécois se sont passablement enrichis depuis 1981 et qu'ils ont effectué un certain rattrapage par rapport aux Canadiens. L'écart de richesse est passé de 42,9 % à 28,9 %, soit de 89 879 $ à 62 909 $ en 1981 et 222 508 $ comparativement à 172 559 $ en 2001. Par rapport aux Américains, l'écart s'est creusé un peu plus en passant de 99,3 % en 1981 à 116,2 % en 2001.

En 20 ans, les ménages québécois ont appris les vertus de l'épargne hors bilan, comme les fonds de placement et les valeurs mobilières, en mettant de côté les dépôts à terme et les certificats de placement garanti, qui ne représentaient plus que 24,8 % du total de l'actif détenu par les ménages québécois en 2001, alors que chez les Américains ils ne comptaient plus que pour 14 % de leurs avoirs financiers, en comparaison de 35 % en 1981.

Évidemment, les Américains se mettent ainsi dans une position plus vulnérable aux fluctuations boursières, comme de nombreux investisseurs ont pu l'expérimenter ces dernières semaines et même depuis deux ans, alors que leur actif financier a régressé de 6 % tandis que celui des Québécois et des Canadiens s'est apprécié légèrement. Toutefois, affirme M. Bélanger, cette façon d'investir et d'épargner explique pourquoi les Américains sont plus riches et pourquoi aussi les Québécois sont devenus plus riches depuis 20 ans. Les placements hors bilan présentent un plus grand risque, mais ils offrent un plus grand rendement à la condition de se situer dans une perspective à plus long terme.

Bien entendu, l'évolution générale de la société, devenue plus instruite, a fait en sorte que les salaires sont plus élevés et que les gens ont une meilleure connaissance des instruments financiers, ce qui permet une plus grande diversification des placements.

Toutefois, l'accroissement de la richesse des ménages en 20 ans s'explique aussi par une présence accrue des gouvernements, qui se sont grandement endettés, de telle sorte que si l'on considérait la dette nette des gouvernements fédéral et provincial, il faudrait ajouter environ 67 000 $ aux emprunts des ménages québécois en 2001.


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