Des gens d'affaires se rangent derrière l'ADQ
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Surtout associé au Parti libéral du Québec, le milieu des affaires québécois montre de plus en plus de sympathie à l'endroit de Mario Dumont et de l'Action démocratique du Québec. L'ex-numéro deux de la Banque nationale du Canada, Léon Courville, a formé un comité de gens d'affaires qui conseille le chef adéquiste tandis que le président du Groupe Canam Manac, Marcel Dutil, affirme en privé qu'il est temps de laisser sa chance à l'ADQ.
D'évidence, le comité Courville aurait préféré demeurer tapi dans l'ombre et ne jouer qu'un rôle occulte. Joint hier, Léon Courville a rapidement mis fin à la conversation. «Mon implication n'est pas officielle et n'est pas liée au parti autant qu'aux idées» du parti, s'est-il contenté de préciser. «Je suis un homme d'idées d'abord et avant tout. Je ne vous en dirai pas plus.»
Entré à la Banque Nationale en 1984 à titre d'économiste, Léon Courville a gravi les échelons pour devenir le numéro deux de l'institution financière en octobre 1999. Détenant un doctorat en économie de la Carnegie-Mellon, M. Courville, maintenant âgé de 56 ans, a enseigné 15 ans à l'École des hautes études commerciales les théories néolibérales. Il s'est déjà défini comme «un socialiste de droite», sans qu'on sache s'il était sérieux ou non. Mais il a toujours défendu des thèses du libéralisme radical sur le désengagement de l'État et le morcellement des organisations.
«Léon Courville, c'est un élément nouveau important. C'est majeur parce qu'il est certainement un des gars les plus respectés dans la rue», a dit Serge Saucier, président de la firme comptable Raymond Chabot Grant Thornton, qui est aussi un ami personnel de M. Courville. «Il va certainement impressionner et influencer beaucoup de gens s'il se mêle activement de développer ces idées-là.»
Mario Dumont s'abreuve à d'autres sources néolibérales. Il consulte l'Institut économique de Montréal (IEDM), un think tank financé par le secteur privé préconisant la levée du contrôle des loyers pour résoudre la pénurie actuelle de logements, l'introduction de la médecine à deux vitesses tout en maintenant, toutefois, l'universalité des soins, la réduction de la taille de l'État, l'impôt à taux unique et les bons en éducation. L'IEDM confectionne également le palmarès des écoles secondaires que publie la revue L'Actualité.
En juin dernier, lors d'un dîner organisé par l'Institut et réunissant des gens d'affaires comme Paul Desmarais junior, Hélène Desmarais, Adrien Pouliot, d'Entourage et président du conseil de l'IEDM, Jean Monty, président démissionnaire de BCE, Normand Legault, du Grand Prix de Montréal, nommé récemment président du conseil de la Place des Arts, et Marcel Côté, de SECOR, il a été abondamment question de l'ADQ. «À ce souper-là, il y a des gens qui m'ont fait des commentaires en disant: "On les trouve sympathiques"», a relaté Michel Kelly-Gagnon, directeur de l'IEDM. Des commentaires «très positifs sur l'ADQ» sont venus de gens «qui peuvent être considérés comme des gros noms d'affaires», a-t-il dit. Mais ces personnes influentes du milieu des affaires montréalais ne se sont pas encore affichées ouvertement.
Plusieurs sources ont indiqué que le président de Canam Manac, Marcel Dutil, ne se gêne pas pour dire en privé qu'il faut appuyer Mario Dumont et l'ADQ aux prochaines élections générales. Le président de Réno-Dépôt, Pierre Michaud, et le président du Groupe Transcontinental, Rémi Marcoux, compteraient également parmi les nouveaux supporters de l'ADQ, selon certaines sources. Aucun de ces chefs d'entreprise n'a rappelé Le Devoir.
«Les gens d'affaires restent prudents, a souligné M. Kelly-Gagnon. Il y a un risque pour ces personnes-là.» Celui d'appuyer le mauvais cheval et d'en subir les conséquences commerciales par la suite dans leurs relations avec le gouvernement.
S'il y a certaines expressions de sympathie qui se font entendre envers ce tiers parti au sein de la communauté des affaires, il n'y a pas de véritable vague d'appuis qui se forme en faveur de l'ADQ, a constaté Ghislain Dufour, ex-président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), maintenant au cabinet de relations publiques National. «Parmi les membres qui oeuvrent proches de nous, je n'ai jamais entendu de choses autour de l'ADQ. Absolument pas», a confirmé Gilles Taillon, l'actuel président du CPQ, un organisme qui représente la grande entreprise.
Serge Saucier a rappelé que, dans les années 80, le milieu des affaires québécois s'était engagé derrière Brian Mulroney pour appuyer le libre-échange, l'introduction de la TPS et l'Accord du lac Meech. Aujourd'hui, rien de tel ne point à l'horizon pour l'ADQ. «Ce ne sont pas les bons en éducation qui vont mobiliser le milieu des affaires», estime pour sa part M. Dufour.
Pour l'ADQ, il y a loin de la coupe aux lèvres. Certes, Mario Dumont a multiplié les rencontres dans le milieu des affaires à Montréal. «Les gens étaient à l'écoute. Mais ils ne sortaient pas leur chéquier», a fait observer M. Dufour. Or un appui important de la communauté d'affaires est essentiel si l'ADQ entend rivaliser avec les deux autres partis sur le plan du financement électoral. Rappelons qu'en 2001, l'ADQ a pu disposer de 438 216 $, dont 314 093 $ provenaient de l'État. À titre de comparaison, le Parti libéral du Québec a pu compter sur 7,4 millions et le Parti québécois, sur 5,2 millions.
Même si au Québec seuls les individus, en principe, peuvent contribuer au financement des partis politiques, c'est un secret de Polichinelle que les entreprises versent à leurs cadres supérieurs, sous forme de bonus, les sommes qu'elles entendent consentir aux formations politiques. «Il y a deux sortes d'argent, a résumé M. Kelly-Gagnon. Il y a ce que j'appelle l'argent d'influence et il y a l'argent idéologique.» L'ADQ ne lèvera le nez ni sur l'un ni sur l'autre.

