Prouesse scientifique - Un virus créé en laboratoire

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Pauline Gravel
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 juillet 2002

Mots clés : virus, laboratoire

Des chercheurs américains ont créé de toutes pièces en laboratoire un virus de la polio doté d'un pouvoir infectieux capable de tuer des souris. Une première qui n'a pas surpris certains virologues car les outils nécessaires pour réaliser cette prouesse existent depuis longtemps. Il s'agit néanmoins d'un exploit qui a nécessité d'énormes efforts et beaucoup d'argent, admettent-ils.

Depuis plusieurs décades, les scientifiques savent fabriquer des virus de la polio actifs en copiant la séquence génétique qu'il contient à l'aide d'enzymes appelées transcriptases.

Mais cette fois, l'équipe du professeur Eckard Wimmer, un réputé virologue de l'université Stony Brook dans l'État de New York, a concocté le virus à partir de fragments d'ADN offerts dans le commerce. On peut en effet se procurer facilement des échantillons d'ADN chez des compagnies de biotechnologie qui ont pignon sur le Web. Tous les laboratoires de biologie moléculaire s'approvisionnent ainsi.

Les chercheurs de New York ont donc acheté les blocs d'ADN composant la séquence génétique du virus de la polio et les ont assemblés en laboratoire. L'assemblage représente toutefois une tâche titanesque qui a nécessité près de deux ans de travail. Le brin complet d'ADN a ensuite été transcrit en une version ARN -- une forme particulière de l'information génétique -- comme dans les virus naturels.

Puis, on a plongé le brin d'ARN viral dans une préparation d'extraits de cellules humaines, qui contiennent tous les ingrédients nécessaires à la formation de nouveaux virus parfaitement constitués et entourés de leur enveloppe.

Ces virus synthétiques ont ensuite été injectés à des souris qui ont ainsi contracté la maladie. Toutefois, entre 1000 et 10 000 fois plus de virus synthétiques que de formes sauvages ont été nécessaires pour tuer les animaux. Les pathogènes préparés en laboratoire étant beaucoup moins virulents que ceux présents dans la nature.

«Mais cette virulence plus faible découle probablement des mutations qui ont été introduites intentionnellement dans le brin d'ARN afin de le distinguer de celui présent dans les virus naturels», explique Nicholas H. Acheson, professeur de virologie à l'université McGill.

«L'expérience du professeur Wimmer n'est pas une surprise en soi car nous savions que nous pouvions le faire, poursuit-il. Des centaines de laboratoires pourraient le faire. L'équipe d'Eckard Wimmer aurait pu même synthétiser l'ADN en laboratoire car la technologie permettant de le faire existe depuis plus de 20 ans. Il s'agit simplement de lire la séquence génétique du virus qui est déjà connue et d'ordonner à la machine de fabriquer les fragments d'ADN requis. On synthétise même des gènes en laboratoire.»

Cette expérience est-elle la démonstration que l'on peut désormais créer la vie en laboratoire? Les scientifiques s'interrogent encore à savoir si le virus est un organisme vivant! «Un virus a besoin d'une cellule pour se reproduire et survivre, précise Jocelyn Delorme, virologue au CHUM. Sans la cellule qui l'héberge, il est inerte.»

On est par contre très loin d'être en mesure de pouvoir créer une cellule vivante. «Il serait déjà extrêmement difficile de synthétiser une bactérie qui est constituée de plusieurs milliers de gènes et de protéines, dont nous sommes encore loin de comprendre la fonction, lance Nicholas Acheson. Il est nettement plus facile de produire des virus parce qu'ils fabriquent beaucoup moins de protéines. Le virus de la polio, par exemple, ne synthétise qu'une quinzaine de protéines. Il utilise la machinerie cellulaire pour combler ses autres besoins.»


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