Des victimes d'alzheimer privées de médicaments jugés trop coûteux
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Dès leur arrivée dans un centre d'hébergement, plusieurs patients atteints d'alzheimer se voient retirer leurs médicaments pour la démence. Même s'ils sont obligés par la loi de fournir des médicaments gratuitement, de plus en plus de centres d'hébergement stoppent l'administration de l'Aricept ou de ses équivalents, jugés trop coûteux pour leurs frêles budgets.
C'est que le fameux médicament, qui coûte 175 $ par mois par patient, est jugé trop coûteux compte tenu des bénéfices escomptés et cause des maux de tête aux CHSLD. Dans plusieurs centres, seuls les patients qui sont en moyen d'acquitter les coûts du médicament continuent de le recevoir.
Approuvé par la Food and Drug Administration depuis 1996, le donépézil, commercialisé sous le nom d'Aricept, fait partie des rares médicaments prescrits pour retarder la progression de la maladie d'Alzheimer, pour laquelle il n'existe, jusqu'à présent, aucun traitement connu.
Certains jugent la position adoptée par plusieurs CHSLD amorale et contraire à la loi. Dans les CLSC, à qui revient le mandat de faire les demandes de placement en centres d'hébergement pour les patients habitant sur leur territoire, cette façon de faire est dénoncée.
«C'est inacceptable. Ça fait au moins deux cas portés à notre connaissance où les familles sont averties que leur proche ne recevra plus l'Aricept. Nous avons eu une demande de placement urgent qui a été évaluée par la pharmacienne du CHSLD. Or la loi prévoit que les résidents des centres d'hébergement ont droit aux médicaments gratuits, au même titre que toutes les autres personnes vivant à domicile ou hospitalisées», soutient un employé de CLSC de la région de Montréal qui a requis l'anonymat.
À Montréal, on cite notamment le cas des CHSLD Lucille-Teasdale et Émilie-Gamelin, où ces politiques sont appliquées automatiquement et ouvertement. Le directeur des services professionnels (DSP) du CHSLD Lucille-Teasdale, le Dr Gilles Liboiron, a même confirmé et défendu cette politique de son établissement.
«Ce médicament crée beaucoup de problèmes dans les CHSLD, car nous avons des budgets fermés. Si nous donnons des médicaments coûteux dont l'effet est discutable, nous allons devoir couper dans des choses jugées plus essentielles pour le reste des patients», a-t-il fait valoir hier.
Selon le Dr Liboiron, les bénéfices de l'Aricept n'ont pas été pleinement démontrés, notamment pour les patients n'habitant plus à domicile. Son efficacité mitigée pour les patients en hébergement, conjuguée à son prix exorbitant, explique la politique adoptée par le CHSLD il y a plus d'un an. Cette politique prévoit que tout patient nécessitant plus d'une heure de soins par jour n'a plus droit gratuitement à l'Aricept.
«Et nous ne sommes pas les seuls. Plusieurs centres de la région de Montréal et de Québec font comme nous. Nous devons nous concentrer sur les médicaments dont l'efficacité est prouvée. L'Aricept, ça peut facilement gruger 200 000 $ sur le budget de la pharmacie», a-t-il expliqué.
Selon ce docteur, la plupart des médecins de famille prescrivent l'Aricept, ou ses équivalents, pour prévenir et retarder l'hébergement des patients atteints d'alzheimer qui sont toujours à domicile. «Mais une fois rendus en hébergement, il a peu d'effet. Quand on l'arrête, cela ne fait d'ailleurs aucune différence», assure-t-il.
Pourtant, ce dernier reconnaît avoir reçu au moins une vingtaine d'appels de familles concernées par le retrait du médicament. À la suite d'une plainte déposée par un CLSC, le CHSLD devra d'ailleurs aller défendre sa position au mois d'août devant la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.
À la Régie régionale de la santé, on confirmait hier que des discussions et des travaux ont été entrepris dans la foulée de cette plainte. «C'est un dossier actif et qui pose problème. Un comité de travail a été mis en place pour étudier cette problématique», a soutenu hier Lauréanne Collin, porte-parole de la Régie régionale.
Au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui a pourtant émis en 1997, dans la foulée de la création du programme d'assurance-médicaments, une directive claire obligeant tous les CHSLD à assumer totalement le coût des médicaments de leurs patients, on arborait hier une position plus mitigée.
Selon Caroline Barber, porte-parole au cabinet du ministre de la Santé, François Legault, l'Aricept fait partie de la liste des médicaments d'exception. Il est en conséquence couvert par l'État seulement quand un médecin remplit un formulaire d'autorisation au nom de son patient.
«Les établissements ont toute la latitude de faire les choix qu'ils veulent. Ce sont les médecins et les pharmaciens de ces établissements qui décident de prescrire ou non le médicament, en fonction de critères médicaux. Nous n'intervenons pas dans ces décisions», a-t-elle indiqué.
Interrogée sur l'impartialité des établissements, qui doivent aussi gérer leurs budgets sans déficit, Mme Barber a indiqué qu'il n'y avait aucune pression exercée par le ministère pour influencer leurs choix.

