Opinion
Les DJ occupent la nuit - Les insomniaques s'amusent
Mots clés : montreal, jazz
La série pour noctambules du Festival de jazz a bien mal commencé, jeudi dernier au Club Soda, à minuit. Non pas que les amateurs de nu jazz, de musique électronique inspirée ou de hip-hop aient été mal desservis par les musiques sur scène. C'est que pour que le premier concert de la série, celui de l'Allemand Herbert, ils n'ont pas été servis du tout. L'avion du monsieur que les Montréalais sont venus voir de près une troisième fois en deux ans (deux fois à Mutek) est resté cloué au sol. Mais la série «Les Nuits», elle, puisqu'il faut bien la nommer comme il faut, malgré quelques zones de turbulences qui lui a fait perdre de l'altitude, a bel et bien pris son envol.
Vendredi dernier, le norvégien Nils Petter Molvaer a servi pour l'essentiel les pièces de son dernier opus, NP3. Plus nerveuses, plus denses aussi, les dernières compositions du trompettiste ont mené à un concert à l'avenant. Seul irritant de la soirée: le public. Les passages plus éthérés, où le silence entoure les lignes atmosphériques de Molvaer, étaient noyés dans la clameur d'une moitié du public que l'autre moitié a dû rappeler à l'ordre: manque crasse de discipline de la part d'un public à la mentalité de club inappropriée. Par la suite, le vétéran DJ Alain Vinet a pris le plancher, sans considérations pour la musique sophistiquée du norvégien, le Club Soda a été transformé en discothèque de plus bas étage.
Dans cette série pour somnambule, The Herbaliser a donné un des concerts dont il faudra tenir compte à l'heure des bilans de cette édition du FIJM. Chaque centimètre carré de temps était couvert de grooves déments. Puissants et inlassables, pendant une heure trente, les Londoniens ont brassé la cage. Avec une section de cuivres encore plus solide, des orchestrations encore plus recherchées, The Herbaliser a fait preuve qu'il était mûr pour jouer dehors, sur la grande scène -- c'est une suggestion que le groupe a faite en entrevue --, sans que personne puisse rester indifférent. La torride envolée du Herbaliser Band, dont le son gagne en profondeur, a terminé avec une version inoubliable et grasse de Light My Fire, des Doors, portée par la section de cuivre en reprenant la mélodie. Les DJ T'Cha et Bliss ont poursuivi la fête. Sans être les meilleurs DJ en ville, les deux gars passent de la bonne musique, funky à l'extrême. Le tandem a bien compris l'esprit de la soirée, le party semblait parti pour longtemps. Une match parfait.
La série se poursuit ce soir, avec les Allemands de De Phazz (non, on n'a pas vu Roy Davis, dimanche). Boozoo Bajou ne pourra monter sur la scène du Club Soda, ce soir: ils seront remplacés par le Montréalais Mad Max. Demain, le Montréalais Freeworm, continue la virée, puis les Américains de The People Under The Stairs vendredi et, samedi, les Britanniques de Happy House.

