Amiante: danger!
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Québec veut relancer l'utilisation de l'amiante dans la fabrication et l'usage de certains produits sur son territoire. Tout sera fait dans le respect des normes de sécurité, s'empresse-t-on d'ajouter. Pourtant, il est impossible d'assurer une telle sécurité à long terme. Voilà une décision malheureuse, voire irresponsable, prise sur la base de considérations essentiellement politiques.
Partout en Europe, l'amiante est maintenant considéré comme un produit toxique. Aux États-Unis, l'utilisation du label «asbestos free» est devenu un gage de sécurité et de qualité. Quant à la disposition finale des produits de l'amiante, elle est interdite hors des centres de traitement des déchets dangereux.
Au Québec, sous la pression de l'industrie, de syndicats ouvriers et des élites de la région productrice, notre gouvernement s'entête à vouloir nous imposer le produit.
Lors d'un symposium organisé par l'Institut national de santé publique (INSP) en décembre dernier, des experts nous ont appris que les diagnostics de maladies liées à l'amiante rapportés par la CSST ont presque doublé, pour passer à 41 cas chaque année. Dans la plupart des cas, il s'agit de cancers de la plèvre et du poumon chez des travailleurs de la construction mis en contact avec l'amiante pendant plus d'une quinzaine d'années, que ce soit lors de travaux de démolition ou d'entretien des systèmes de plomberie ou d'aération.
Depuis quatre ans, Québec a dû dépenser 75 millions pour décontaminer des écoles qui avaient été isolées selon le procédé du flaconnage, en vogue pendant des décennies. Des milliers d'enfants ont donc respiré de l'air contaminé par des particules d'amiante provenant de la détérioration des plafonds de leurs écoles. Des quantités minimes et inoffensives, dit-on; n'empêche que nos services de santé publique devraient garder l'oeil sur les cas de cancer de la plèvre qui se manifesteront d'ici une vingtaine d'années pour vérifier si certains de ces futurs malades n'auraient pas fait partie de ces cohortes d'enfants des années 1970 à 2000.
Les défenseurs de l'amiante chrysotile, la forme qu'on retrouve ici et qu'on dit moins dangereuse, affirment que le produit devient inoffensif lorsque stabilisé dans des matériaux solides tels le ciment, le bitume ou le plastique. C'est donc cette catégorie de produits que Québec entend favoriser, notamment en interdisant aux municipalités et aux ministères quelque discrimination que ce soit lors d'appels d'offres pour l'achat de tuyaux d'aqueduc et d'égout en amiante-ciment ou de bitume pour les routes. En somme, Québec impose l'amiante, qu'on en veuille ou non!
Or l'amiante chrysotile est peut-être inoffensif aussi longtemps que le tuyau et le bitume sont en bon état, mais après? On obligera, dit-on, les fabricants à indiquer que le produit contient de l'amiante, mais on ne nous convaincra jamais qu'on sera en mesure de suivre l'évolution de tous ces produits, de leur fabrication à leur disposition finale en passant par leur entretien. Pourquoi prendre un tel risque avec l'environnement et la santé publique?
À peu près seuls les pays sous-développés, souvent peu soucieux de santé publique, comptent encore parmi les clients fidèles de l'amiante. Ici, notre gouvernement veut nous faire suivre le chemin contraire de celui choisi par la majorité des pays développés et songe même à la construction d'une nouvelle usine de transformation. Qui achètera ces produits à part nous-mêmes, forcés par la loi, et le Tiers-Monde? Tout ça n'a aucun sens!

