Plafonnement des prix et accessibilité du réseau - La décision du CRTC devrait coûter 250 millions par an à Bell Canada

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Gérard Bérubé
Édition du vendredi 14 juin 2002

Mots clés : crtc

La récente décision du CRTC, de maintenir le plafonnement des prix dans la téléphonie résidentielle locale et d'assouplir l'accès au réseau des ex-monopoles, devrait retrancher 250 millions par année au bénéfice d'exploitation de Bell et ses filiales. L'impact total devrait toutefois être neutre en 2002, le géant de la téléphonie prévoyant compenser non pas en sabrant dans ses effectifs, mais plutôt en réduisant ses dépenses en immobilisations.

Vendredi dernier, Telus ouvrait la voie des anciens monopoles en étant la première à chiffrer l'impact financier du plan de match imposé, le 30 mai dernier, par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes dans la téléphonie locale. Le géant de l'Ouest canadien chiffrait à 50 millions la compression de son bénéfice avant amortissement, intérêts et impôts devant en résulter cette année. Et à 75 millions par la suite, sur une base récurrente. Du même souffle, Telus annonçait offrir un programme de départs volontaires à 11 000 de ses employés, soit à 40 % de son effectif de 28 000 employés.


Bell Canada et ses filiales n'iront pas si loin. En fait, elle estime que la décision retranchera 250 millions par année à son bénéfice avant amortissement, intérêts et impôts. Mais le choc sera absorbé, du moins pour 2002, par une diminution de 300 millions de ses dépenses en immobilisations. «Par prudence, Bell avait déjà prévu des répercussions négatives à la suite de la décision. Et comme l'amélioration de la productivité demeure une grande priorité, nous poursuivrons nos initiatives de réduction des coûts», a précisé Michael Sabia, président et chef de la direction de BCE.


Pour la société mère de Bell, l'impact financier ne devrait avoir aucune incidence sur la dernière ligne de l'état des résultats cette année. «Cette décision incite BCE à intensifier l'un de ses principaux objectifs stratégiques, qui est d'accroître ses gains au moyens d'initiatives de productivité qui lui permettront d'atteindre ses objectifs financiers de 2002», a-t-il ajouté. Pour les années subséquentes, les projections ne seront établies que vers la fin de 2002.





Rabais aux concurrents


Le gros de l'impact doit venir de cette décision du CRTC forçant les entreprises de téléphonie titulaires à offrir des rabais, de 15 à 20 %, à leurs concurrents accédant à leur réseau. Ce seul impact est chiffré à près de 160 millions par année. M. Sabia a rappelé que ces incitatifs venaient s'ajouter aux réductions déjà imposées par le CRTC, et qui «ont donné lieu au transfert de près de 500 millions par année des compagnies de téléphone titulaires canadiennes aux concurrents».


Si M. Sabia a reconnu que la décision respectait les principes de concurrence fondée sur les installations, s'il endosse également les bénéfices qu'elle doit procurer à la clientèle, il a toutefois déploré qu'elle se traduise par «plus de réglementation et de complexité, en augmentant le nombre de services assujettis au plafonnement des prix».


Les «telcos« de plus petite taille, notamment AT&T Canada et Call-Net (Sprint), avaient également critiqué cette décision en estimant que le CRTC n'allait pas suffisamment loin dans la réduction des tarifs liés à l'utilisation des réseaux des anciens monopoles. Call-Net défendait une réduction des tarifs d'accès oscillant entre 40 à 50 % alors qu'AT&T a été aussi loin que de préconiser une escompte de 70 %.


Avant la décision du CRTC, cette dernière avait déjà annoncé une réduction de 20 % de ses effectifs, soit une compression touchant quelque 1000 employés. Depuis, AT&T s'est engagée dans un processus de renégociation de sa dette publique de 4,5 milliards, composée essentiellement de débentures.


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