Après cinq semaines d'arrêt de travail - L'atmosphère s'envenime chez Vidéotron

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Valérie Dufour
Édition du vendredi 14 juin 2002

Mots clés : videotron

Le mot d'ordre n'est pas au rapprochement dans le conflit qui oppose Vidéotron à ses 2200 employés en arrêt de travail depuis cinq semaines. Et la pluie d'accusations, l'annonce des déménagements et des congédiements des derniers jours ont eu pour effet d'envenimer l'atmosphère.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) avait convoqué hier matin les médias pour demander à la Caisse de dépôt et placement du Québec (un des gros actionnaires de Quebecor Média) de dénoncer les manoeuvres des dirigeants de Vidéotron. «À nos yeux, la Caisse est complice de Vidéotron par son silence», a soutenu Pierre Dupuis, directeur québécois du SCFP et vice-président de la FTQ.


M. Dupuis a insisté également sur l'annonce de la mise en vente de deux édifices de Vidéotron au centre-ville de Montréal. Si la vente se concrétise, quelque 600 employés seront relocalisés, dont 150 aux installations de Vidéotron dans le parc industriel de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud. «C'est une preuve de plus de leur volonté de démanteler la compagnie, croit-il. C'est une façon assez violente de miner le moral des syndiqués.»


Qu'espèrent-ils de la Caisse? «On veut qu'elle fasse pression -- tout comme le gouvernement -- pour que Vidéotron revienne à la table des négociations à partir d'autres hypothèses que celle de couper 650 postes de techniciens. [...] En tant qu'actionnaire, la Caisse doit parler aux dirigeants de Vidéotron et leur dire qu'il y a des choses qui ne se font pas», tranche Pierre Dupuis.


Cela risque d'être compliqué puisque la transaction entre Vidéotron et Entourage Solutions technologiques a été officiellement complétée le 14 mai dernier. Le géant de la câblodistribution a ainsi vendu son service technique de réparation et d'entretien et les 646 techniciens qui y étaient affectés. «On vient de conclure la vente. Les [...] employés touchés ne sont plus à notre emploi, ni légalement ni techniquement», avait alors fait savoir le vice-président exécutif de Quebecor, Luc Lavoie.


Mercredi, Vidéotron a fait état de trois «actes de vandalisme majeurs» sur son réseau. Hier, l'entreprise a révélé que des policiers de Montréal et de Laval ont effectué deux perquisitions dans des locaux des employés et découvert «un système servant à encombrer systématiquement les centres d'appels de Vidéotron».


Selon la compagnie, les syndiqués seraient responsables d'entre 30 et 35 % de faux appels (soit entre 6000 et 8000 coups de fil au service à la clientèle). Les policiers ont saisi 11 appareils téléphoniques. La compagnie a d'ailleurs annoncé hier le congédiement de quatre employés pour avoir commis des actes de vandalisme.


Visiblement frustrés, les représentants syndicaux ont nié en bloc toute implication dans des gestes de vandalisme ou de sabotage à l'endroit de Vidéotron. Ils ont accusé la compagnie de manipuler les médias et l'opinion publique. «Demandez-vous combien de scabs répondent au téléphone et si 11 téléphones peuvent paralyser les lignes alors que 400 scabs répondent aux appels, a lancé le conseiller syndical Michel Parenteau. Cette histoire est un coup monté de Vidéotron.»





Manifestation


La conférence de presse a été suivie d'une manifestation sur le coup de midi devant le siège social de la CDP, situé avenue McGill College. Des centaines de syndiqués ont alors fait entendre sifflets, trompettes, sirènes, cris et tambours. On pouvait lire sur une pancarte: «C'est PKP qui s'est mis dans le Vidéotrou, pas nous.»


«Vidéotron fait bien du boucan, mais notre conflit touche tous les travailleurs. On ne peut pas vendre des êtres humains comme du bétail. On doit continuer», affirme Diane, une employée de Vidéotron présente à la manifestation. «Quand tout le monde va travailler à 8 $ l'heure comme on paye les sous-traitants, qui va pouvoir se payer le câble et le service Internet?», se demande sa collègue Sylvie.


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