Hors-jeu: Meilleure chance la prochaine fois

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Jean Dion
Édition du mercredi 12 juin 2002

Mots clés : soccer, foot

Zinédine Zidane se tenait la tête à deux mains au cours de la deuxième demie du match disputé hier contre le Danemark, qui a gagné 2 à 0.

Photo: Agence Reuters

Alors, qu'est-ce qu'on dit? Allez(-vous-en), les Bleus? Aux larmes, citoyens? Le jour de noir est arrivé? Bondance qu'il est plus facile d'atteindre le sommet que de s'y maintenir? ZZ Flop?

Et qu'est-ce qu'on fait? On fait comme L'Équipe qui propose une analyse de l'échec en cinq volets -- ils avaient fait une viande froide, c'est sûr, puisque le tout était disponible sur la grande toile mondiale deux minutes après la fin du match, eux qui pourtant avaient titré ces jours derniers «Avec Zizou, ça change tout» et «La force est en eux», hé hé -- cinq volets, oui, scientifiquement décortiqués: les Bleus trop légers, les Bleus fatigués, les Bleus aveuglés, les Bleus accablés et les Bleus en chantier?


Non, on fait comme David Trezeguet. S'il y a un résumé quelque part, il est là. Dans les dernières minutes, Trezeguet en a tiré un (autre) droit sur la barre horizontale. Il s'est retourné, la caméra l'a capté, et on l'a vu rire. Il riait plus jaune que bleu, certes de certes, mais il riait quand même. L'air de dire dans son Ford intérieur, «ben qu'est-ce tu veux, calvaire». Quand ça ne rentre pas, ça ne rentre pas. Bixente Lizarazu, le milieu de terrain, l'a énoncé: «On s'est créé un nombre incroyable d'occasions. Ça ne voulait jamais rentrer.»


Une chance insolente, disait, en parlant des conquêtes françaises de 1998 et 2000, un collègue partisan parti hier en retraite contemplative fermée pour deux ans, le temps d'expier cette confiance excessive qui est le huitième péché capital. D'ailleurs, tant qu'à faire dans les citations, Dider Deschamps, capitaine de l'équipe lors de ces deux triomphes, disait hier: «Il faut savoir avoir le recul pour essayer d'analyser et ne pas brûler aussi: c'était peut-être exagéré les compliments, à un moment. Là, il faudra être un peu modéré.»


Une chance insolente, c'était ce dont ils avaient bénéficié comme en bénéficient tous les grands clubs et qui n'était pas au rendez-vous à ce moment ici, comme qu'on dit. Bien sûr, ils ont été en manque de Zidane, ils ont manqué d'allant, ils n'ont pu percer le verrou défensif, étanche dans l'axe, ni des Sénégalais, ni des Uruguayens, ni des Danois, et je vais vous faire une sacrée confidence, quand on ne marque pas un traître but en trois matchs, il y a certainement autre chance que la malchance qui joue. Mais quand même.


Écoutons plutôt Djibril Cissé: «Je pense que c'était un problème de chance. C'est toujours facile, c'est toujours le même mot qui ressort, c'est facile de se cacher derrière ça, mais c'est vrai qu'on a manqué de chance. Il y a eu un poteau et de multiples occasions, mais on n'a pas réussi à les mettre au fond. Les Danois ont mis au fond leurs deux occasions, donc c'est un manque de chance.» Vrai que le Danemark a capitalisé sur ses rares occasions et que Fabien Barthez, dit le Chauve qui peut, ne peut pas tout le temps sauver la mise et procurer des 0-0.


Et Zizou soi-même en personne, vous savez ce qu'il a déclaré? «Je n'ai pas provoqué de miracle. En même temps, on n'a pas eu le but qui nous aurait peut-être moralement fait du bien. Parce que les occasions, on les a eues. Je suis aussi déçu de ce côté-là: de ne pas avoir eu un peu de chance de temps en temps.»


La chance, vraiment? Concept extrêmement intéressant. Si on profite de l'occasion pour s'instruire en s'amusant, on verra que le Ti-Bob nous définit notamment la chance comme une «puissance qui préside au succès ou à l'insuccès, dans une circonstance». Puissance, ça veut tout dire. La mésaventure n'a-t-elle pas commencé face au Sénégal? Vous citerai-je à nouveau Lizarazu? «On avait l'impression que tous les marabouts du monde avaient mis leurs aiguilles sur la poupée de l'équipe de France.»


Ah, voilà. Et par un curieux hasard, qui est petit cousin de la chance, le Sénégal est passé, lui, à la ronde des 16. Un match nul (3-3, mi-temps 3-0) complètement échevelé contre l'Uruguay, où chaque équipe a reçu un penalty tout à fait immérité, ce qui me rappelle de vous rappeler de ne pas oublier de me rappeler de vous parler d'arbitrage avant longtemps. Un match tellement endiablé qu'on a entendu jusqu'au commentateur de la BBC, ordinairement plus mesuré que la distance entre un coup franc et un mur, s'exclamer à son terme: «Oubliez Gladiator, oubliez Star Wars, ce fut une véritable épopée!»


Le Sénégal aura maintenant, fort probablement, l'Angleterre ou l'Argentine dans les pattes. Va falloir que les marabouts se lèvent tôt.





***


Bon, puisque c'est la journée des citations pittoresques et puisque la France en est le premier producteur-exportateur mondial, ne nous priverions-nous pas de quelque chose en nous en privant?


Jacques Chirac, président de la République et maître toutes catégories du propos quintessencié: «Il faut maintenant surmonter cet échec et tracer à nouveau un parcours à la hauteur du football tricolore, qui doit rester une référence mondiale.»


Jean-Pierre Raffarin, premier ministre: «Le sport est forcément riche d'incertitudes et il faut respecter les adversaires.»


Jean-François Lamour, ministre des Sports. «Il faut maintenant relever de nouveaux défis. C'est en surmontant ces épreuves qu'un groupe montre toutes ses qualités, qu'un sport dont nous sommes particulièrement fiers sait trouver les solutions pour partir à la conquête d'autres titres.» [NDLR: scusez perdon?]


Marie-George Buffet, ancienne ministre des Sports: «C'est la loi du sport, la loi des matchs, la loi de la compétition.»


Sven Göran Eriksson, sélectionneur suédois de l'équipe d'Angleterre: «Ce résultat confirme simplement qu'il n'y a pas de matchs faciles. Ces choses arrivent dans le football, et ce n'est pas la dernière fois.»


Et la belle nous vient de Jacques Diouf, le directeur général sénégalais de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui nous donne matière à réflexion jusqu'à demain matin (d'ici là, ne manquez pas Italie-Mexique à 7h30): «La France a tenu le haut du pavé pendant cinq ans. Elle a tout gagné. Mais on ne peut pas gagner tout le temps. C'est cela le sport.»


Je pense que je vais téléphoner à Ron à Bonsoir les sportifs pour lui demander ce qu'il pense de tout ça.


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