Présence francophone - La bataille québécoise pour un fait français
Mots clés : francophonie
Nette augmentation du nombre d'internautes québécois
La condition du français dans Internet n'est pas aussi catastrophique qu'on aurait pu le penser. Plusieurs organismes, comme l'Office de la langue française ou le Centre international pour le développement de l'inforoute en français, s'efforcent de faire la promotion du français sur la Toile et surveillent l'évolution de la situation. Il semblerait cependant que le gouvernement québécois devrait investir davantage dans le contenu des sites pour faire la promotion de la culture et de la langue du Québec.En effet, en 1999, dans une étude réalisée pour la Commissaire aux langues officielles, on dévoilait que seulement 26,2 % de Québécois visitaient la Toile au cours d'un mois type, alors que la moyenne nationale était de 42 %. Cependant, en 2000, Statistique Canada effectuait une vaste Enquête sociale générale (ESG) et révélait que 46 % des Québécois allaient naviguer dans Internet mensuellement, comparativement à une moyenne canadienne de 53 %. Un écart persiste, mais le «Québec a eu l'augmentation la plus importante de personnes qui ont eu l'Internet à la maison», peut-on lire dans le rapport.
Environ la moitié des Québécois visitent donc la Toile fréquemment. Mais ont-ils accès à des sites francophones de qualité? Le français est-il suffisamment présent dans Internet? Selon certains spécialistes, le constat est positif, mais il faut rester vigilant et encourager le gouvernement québécois à investir dans le contenu des sites.
Un constat positif
Selon Azim Madjee, conseiller en francisation des technologies de l'information à l'Office de la langue française (OLF), «il y a une très nette amélioration du français dans Internet. Généralement, c'est bien écrit et c'est bien fait». M. Madjee mentionne que «le Québec est à l'origine de beaucoup de sites de qualité. On retrouve des exercices de français, de grammaire et d'orthographe, des conseils sur la typographie française. Il y a aussi des sujets comme le français des affaires et la littérature».
Au niveau international, M. Madjee observe que la francophonie s'implante de plus en plus sur la Toile. «Il y a deux ans, on souhaitait tous que la France se réveille et on peut dire qu'elle est maintenant réveillée. Elle a fini de s'étirer et on trouve de plus en plus de sites français [en provenance] de France. La francophonie n'est pas en reste non plus, poursuit-il, il n'y a qu'à voir les pays francophones de l'océan Indien, les pays francophones européens, ceux aussi du Moyen-Orient qui sont présents, comme le Liban.» Il rappelle aussi que «le français a été et est toujours une des langues officielles de grands organismes internationaux. Quand on parle de l'ONU, de l'Unesco ou de l'ISO, il y a des sites en français de ce côté-là aussi».
Robert Globensky, au service des communications de l'OLF, remarque «qu'il y a encore des légendes urbaines qui concernent l'informatique au Québec. Si on prend le courrier électronique, il y a encore des gens qui vont écrire en français et qui n'accentueront pas parce qu'ils croient qu'à l'autre bout, la personne va recevoir du charabia. Mais ce n'est pas vrai du tout. Ça fait des années que les serveurs sont en mesure d'écrire en français».
Malgré une situation positive, MM. Madjee et Globensky considèrent qu'il faut rester alerte et continuer à promouvoir le français sur l'autoroute informatique, qui se développe continuellement.
L'Office veille au grain
L'OLF surveille les entreprises qui sont assujetties à la Charte de la langue française pour qu'elles offrent en français leur site Internet aux consommateurs québécois. «Dans le cadre de l'application de la charte, explique M. Madjee, une fois que nous sommes passés dans une entreprise et que cette entreprise a obtenu un certificat de francisation, trois ans après, elle doit reproduire un rapport pour s'assurer de la permanence de la francisation.»
Prochainement, l'OLF lancera un programme de subvention pour aider les entreprises à franciser leur site Internet. «Quand une entreprise est au Québec, déclare M. Globensky, elle doit avant tout offrir ses produits aux francophones d'ici et dans leur langue.» Outre ce futur service, l'OLF fournit déjà sur son site un Grand dictionnaire terminologique qui propose des termes français, leur définition et leur équivalent anglais, et une Banque de dépannage linguistique qui répond aux questions les plus fréquentes portant sur la grammaire et l'orthographe.
L'OLF veut aussi «promouvoir les standards qui régissent Internet, indique Azim Madjee. Nous veillons à ce que le jeu de caractères qui soutient adéquatement les caractéristiques de la langue française soit adopté, utilisé, par la plupart des concepteurs, des producteurs de sites Web et des hébergeurs».
La nouvelle vision du CIDIF
Le Centre international pour le développement de l'inforoute en français (CIDIF), une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui suit l'évolution de l'offre des produits et services en français pour Internet depuis 1996, veut lui aussi aider les entreprises à franciser leur site Internet. Depuis août 2001, le CIDIF s'est doté d'une nouvelle vision qui touche la langue, mais aussi la culture.
«Nous voulons être capables de conseiller les individus, les entreprises, les institutions, les organisations, concernant ce qu'il faut faire pour assurer que les sites Internet, les documents, les applications, soient compatibles avec la culture et la langue des gens», explique le président du conseil d'administration, Roger Gervais. D'après lui, «on traduit de l'anglais au français et on ne tient pas compte des éléments culturels chez les francophones».
Le CIDIF veut proposer sur son site Internet des fiches techniques avec une description de la culture des différents pays ou régions de langue française pour le monde entier. «On veut aussi fournir des boîtes à outils dans Internet ou sur CD et des services conseils», indique M. Gervais. Des boîtes à outil pour bâtir des sites Internet en français et la possibilité de recevoir des conseils de chercheurs de haut calibre directement sur le site du Centre. Le CIDIF est dans les derniers préparatifs pour lancer son nouveau site, qui devrait voir le jour d'ici quelques semaines.
Investir dans le contenu
Selon Claude Martin, professeur au département de communication à l'Université de Montréal, «la position du Québec dans Internet est relativement solide. Quand on regarde la liste des sites consultés par les Québécois qui ont le plus de "hits", il y a beaucoup de sites québécois là-dedans». M. Martin considère toutefois que «le gouvernement devrait donner un peu moins d'importance au côté industriel et penser un peu plus au contenu. Les gouvernements sont très attirés par le côté réseaux, fibres optiques; il y a beaucoup d'argent qui circule là. C'est bien beau d'avoir des fils, mais il faut aussi penser au contenu».
Le professeur propose que le Québec se dote «d'une stratégie pour que les créateurs et les créatrices québécois soient dans Internet et qu'on puisse avoir accès facilement à leurs produits et se les procurer d'une manière légale». Il suggère aussi l'augmentation du financement des différents organismes qui font la promotion de la culture québécoise dans Internet.
Claude Martin soulève un autre problème concernant Internet: la mémoire collective. Les informations arrivent et disparaissent rapidement sur la Toile, «il y a donc un problème d'avoir des ressources archivistiques ou bibliothécaires, pour maintenir en vie des contenus que les générations de logiciels vont rendre caducs. Notre mémoire a tendance à disparaître très vite. Il faut mettre des ressources pour maintenir des bases de données en vie et faire migrer ça sur des générations. C'est notre passé et c'est important», conclut M. Martin.

