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Normand Thériault
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 juin 2002

Mots clés : francophonie

On se souvient de la bataille que des Québécois ont voulu mener, et que certains mènent encore: comment se faisait-il qu'il était impossible d'écrire en français sur la Toile, quand les accents d'une langue ne tiennent pas et que tout se transforme, comme si les langues n'avaient d'apparence que celle d'une typographie anglaise? Il y avait pire encore, et les premiers internautes s'en souviennent: faire une recherche de textes francophones apportait un piètre résultat et il fut longtemps nécessaire de connaître l'expression anglaise juste avant de pouvoir chercher quoi que ce soit... quitte à se retrouver en un endroit fort éloigné de celui visé à l'origine par la recherche.

À de telles demandes, la réponse fut longtemps la même. D'une part, le pays au poids démographique le plus lourd, la France, avait à un moment fait le mauvais choix, développant une technologie unique, le Minitel, que nul autre pays n'adopta et, d'autre part, quand les Québécois réclamaient un statut propre, ils recevaient souvent en retour une avalanche statistique qui démontrait que sur le continent américain, le Québec, et sa portion francophone, traînaient de la patte. Rien à faire donc.

Mais le vent tourne. La fréquentation par ces «autres» Nord-Américains est depuis 1999 en croissance constante, plus rapide qu'ailleurs; les sites deviennent abondants, les outils de recherche sont performants et, si les adresses des pages Web respectent toujours la convention internationale, à cela se limitent les concessions. Même, le Québec est à sa manière devenu un chef de file.


ISOC Francophonie

Quand la semaine prochaine les dirigeants de l'Internet Society (ISOC), un organisme international à but non lucratif basé à Washington, se déplaceront à Québec (le 10) et à Montréal (le 12), ce ne sera pas pour faire du prosélytisme, mais plutôt pour assister à l'ISOC Francophonie 2002. Sous un thème qui tient du slogan, «Internet pour tout le monde! Langues, cultures et citoyennetés», une lutte s'enclenche pour ouvrir et rendre disponible à toute la Francophonie le nouvel univers rendu accessible par les technologies de l'information et de la communication. Les congressistes réunis ont d'ailleurs une stratégie d'ouverture qui, non seulement accorde une place majeure à la langue de Molière, mais aussi ouvre sur tout un continent, l'Afrique, dont le développement -- en éducation, en santé, en commerce -- passe par le recours au virtuel. Les intervenants québécois de la rencontre déposeront des programmes capables d'assurer une pénétration réelle sur ce coin du monde où les internautes ont une présence dix fois inférieure à la moyenne planétaire.

Il faut dire que les efforts passés, les initiatives québécoises portent maintenant fruit. Ainsi, si depuis 1989 le RISQ, le Réseau d'information scientifique du Québec, existe, on ne découvre qu'aujourd'hui l'ampleur et la qualité du projet: il donne localement accès, par le recours à une technologie de pointe, à une énorme «bibliothèque» au service de tout un réseau scolaire relié à grande vitesse, et offre aussi une solution de développement exemplaire, exportable en tout pays, qu'il soit même d'Europe ou d'Amérique.


Autre point

Comme s'il ne suffisait pas de réclamer un droit à une présence sur les sites du Web, ces francophones de l'Internet réclament plus encore.

Le développement à l'américaine de l'Internet a souvent été évalué en termes de valeurs marchandes: il y avait d'une part en nombres chiffrés la fréquence des visites et, d'autre part -- et là étaient les «vrais» chiffres -- le volume publicitaire et celui des ventes réalisées. L'Internet, dans une telle optique, était d'abord et avant tout commercial. L'Internet ne semblait avoir d'autre rôle que d'être un «.com» modulé sur toutes les fréquences.

Toutefois, à l'échelle internationale, le réseau du sans-fil, le cellulaire, n'utilise qu'à 18 % sa bande passante. Question donc à venir de la part de ces internautes publics: pourquoi ne pas utiliser ces 82 % disponibles, ce qui peut être fait à peu de frais, pour développer un réseau communautaire et, mieux encore, garantir le développement de tout un continent sans que, pour ce faire, l'Afrique n'ait recours à de lourds programmes d'infrastructures scolaires ou autres?

S'il a toujours été dit que l'Internet était une technologie rêvée pour rendre accessibles au grand nombre les outils du savoir et équiper à peu de frais les communautés isolées, géographiquement ou économiquement, il semblerait que les rencontres de Québec et de Montréal non seulement en feront la preuve, mais traceront aussi les modèles d'un futur réseau de service et d'information. Comme quoi le français.qc.ca est tout le contraire d'un «dot.com».


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