Conseil général du PLQ - Jean Charest tire à boulets rouges sur le parti de Mario Dumont

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Robert Dutrisac
Édition du lundi 03 juin 2002

Mots clés : adq

Laval -- Le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, a fait une démonstration concrète, hier, que l'adversaire à abattre était maintenant l'Action démocratique du Québec en se lançant dans une attaque virulente de la médecine à deux vitesses et de l'impôt à taux unique, deux mesures préconisées par le parti de Mario Dumont.

«Dorénavant au Québec, on va vous enlever votre carte d'assurance maladie pour la substituer par la carte de crédit», a dit le chef libéral dans son discours de clôture du Conseil général du PLQ. Il est passé de la parole au geste en brandissant sa propre carte d'assurance maladie pour exhiber ensuite sa Visa Desjardins, une illustration accueillie par les acclamations de ses partisans.


Le système de santé universel et gratuit, «c'est le patrimoine du Parti libéral», a dit M. Charest. En proposant de permettre aux citoyens de payer pour obtenir des soins de santé et éviter la liste d'attente, l'ADQ crée «une file pour les riches et une file pour la classe moyenne et les autres», a-t-il dit. L'ADQ a choisi «un enjeu qui va mettre du ressort chez les libéraux». Les troupes libérales «vont se battre pour ce qu'ils ont contribué à bâtir», a-t-il ajouté lors du point de presse qui a suivi.


Le chef libéral a souligné que, dans un contexte de pénuries d'infirmières et de médecins, cette proposition «simpliste», si elle était mise en vigueur, aggraverait la situation dans le réseau public, surtout en régions. Relevant la déclaration du député adéquiste de Saguenay, François Corriveau, qui a dit qu'il paierait, s'il pouvait le faire, pour faire soigner son enfant de quatre ans, M. Charest a lancé que «ma vie à moi, l'avenir du Québec, ce n'est pas juste mon enfant, c'est l'enfant de mes voisins».





Petite surprise


L'impôt à taux unique, qui met tous les contribuables sur le même pied sans égard au niveau de revenus, a également soulevé une vive critique de la part du chef libéral. Ce que l'ADQ propose, c'est la solution avancée par Stockwell Day. C'est celle que même les Républicains aux États-Unis ont rejetée en même temps que la candidature à la présidence de l'éditeur milliardaire Steve Forbes. «C'est la classe moyenne qui va en manger un coup. Stockwell Day a été obligé de reculer après l'avoir proposé. Je vais vous faire une prédiction: l'ADQ va reculer avant la prochaine élection générale», a-t-il dit.


En matière fiscale, les militants libéraux ont réservé une petite surprise à leur chef en amendant la résolution-cadre sur la vision économique d'un gouvernement libéral préparé pour ce conseil général axé sur le développement économique. Alors que M. Charest s'engageait à réduire le fardeau fiscal des Québécois au niveau de la moyenne canadienne «le plus rapidement possible», ses partisans ont résolu que cette baisse d'impôt, une promesse que le cabinet de M. Charest évalue à environ 2,5 milliards par année, devait se produire «à l'intérieur d'un premier mandat». Mais, au cours du point de presse, M. Charest, prétextant de façon classique qu'il ne connaissait pas l'état des finances publiques, n'a pas voulu s'engager à respecter un échéancier précis.


Samedi, Jean Charest a dévoilé une motion sur le déséquilibre fiscal que les libéraux souhaitent présenter à l'Assemblée nationale. Destinée à remplacer la motion sur le même sujet que propose le gouvernement Landry, la motion libérale ajoute au texte des péquistes une référence à «un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération canadienne», un libellé tiré textuellement du rapport de la Commission Séguin. Sans attendre, la vice-première ministre Pauline Marois a indiqué au cours d'un point de presse qu'elle demanderait à ce que cette référence soit biffée puisqu'elle n'était pas contenue dans le rapport Séguin. L'élaboration d'un tel cadre «prendrait un temps fou» tandis qu'il y a «urgence pour que des changements interviennent», estime Mme Marois.





Le PQ «à terre»


Sur le plan stratégique, le Parti libéral croit qu'il est temps de changer de cible, le PQ étant rendu «à terre», a-t-on confié en coulisses. La dégringolade péquiste a été davantage causée par le remaniement ministériel pléthorique, aux trop nombreuses limousines, que par les attaques des libéraux, estime-t-on. Ce mouvement a amené des électeurs «à se promener», dit-on par euphémisme, ce qui a favorisé l'ADQ. Pas question de se mettre la tête dans le sable, a dit Pierre Bibeau, l'organisateur en chef du PLQ: l'ADQ est devenu est premier adversaire des libéraux.


Mais on perçoit une certaine assurance chez les libéraux qui comptent sur la qualité de leur organisation et de leurs candidats ainsi sur un programme bien structuré qui passe mieux la rampe, selon eux, pour remporter les élections générales. «L'Action démocratique est-elle organisée demain matin dans les 125 circonscriptions? Non! Alors tu peux avoir tous les sondages, tu peux les mettre à 75 % des intentions de vote», le PLQ, avec déjà 51 députés, est le mieux placé pour former le prochain gouvernement, a assuré la députée de Bonaventure, Nathalie Normandeau. Évidemment, aucun libéral n'envisage une défaite dans Vimont, mais on n'a pas besoin d'insister lourdement pour qu'ils n'excluent pas une défaite dans les trois autres circonscriptions de Berthier, Joliette et Lac-Saint-Jean.


Par ailleurs, les candidats à l'investiture libérale doivent se soumettre à une enquête en règle de la part du parti. On ne se contente plus de leur parole. On vérifie leurs antécédents judiciaires en épluchant les plumitifs et on leur demande de consentir à une enquête de crédit. On s'assure également qu'ils n'ont pas fait l'objet de sanctions de la part d'un ordre professionnel. Cela montre toute l'importance que le PLQ accorde à la moralité et à l'intégrité, a dit M. Bibeau. «Sur la question de l'intégrité, les politiciens sont dans une maison de verre. On essaie de ne pas laisser traîner de roches devant nos vitres», a-t-il dit.


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