Qu'est-ce qu'un adéquiste?

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Mario Cloutier
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 juin 2002

Mots clés : adq

Hors de la question nationale, le membre de l'ADQ est un militant pour la jeunesse et le changement

Ce week-end, les militants de l'Action démocratique du Québec, le parti dirigé par Mario Dumont, sont réunis en conseil général à Rivière-du-Loup. Or l'ADQ a le vent dans les voiles. Mais qui sont ces adéquistes de génération spontanée? Notre correspondant à Québec est allé les voir chez eux. Il découvre d'anciens péquistes et d'anciens libéraux avides de changement et prêts à faire confiance à la jeunesse.

Il est indéniable qu'un vent adéquiste souffle sur le Québec en ce moment, mais ceux qui se laissent porter par ce vent ne forment certes pas un bloc monolithique. Ce mouvement s'abreuve à diverses sources et varie d'intensité selon les régions.

À la vue des sondages et des rencontres sur le terrain, et contrairement à la perception péquiste et libérale de la «balloune» adéquiste, la popularité du parti de Mario Dumont semble tenir au fait que les militants adéquistes apparaissent être au diapason de l'électorat québécois, pragmatiques et imperméables aux schèmes souverainistes et fédéralistes.

Les locaux électoraux de l'ADQ sont d'ailleurs le lieu de rencontre de bénévoles qui n'auraient jamais pensé travailler un jour avec d'anciens adversaires. Adéquistes de la première heure, anciens libéraux ou péquistes, tout nouveaux militants... Ils disent porter un message qu'ils entendent dans leur entourage immédiat, au travail ou à la maison, celui du changement et d'un choix clair pour la jeunesse.

Ce qui est en train de changer au Québec, c'est que les baby-boomers disent être prêts à bouger, à faire une croix sur les vieux débats et à voter pour des jeunes. Exprimant leur goût du changement comme les électeurs québécois, les militants adéquistes sont tout aussi hétéroclites. Le Devoir a parlé à cinq d'entre eux.

Martin Provençal a 33 ans. Il vit à Lanoraie et travaille à l'hôpital Louis-Hippolyte-LaFontaine. Il a délaissé le PQ à l'occasion de la venue de Gilles Baril dans Berthier et lors du largage de son candidat.

«C'était rendu que je votais pour le PQ par habitude et je me sentais mal de le faire, confie-t-il. Là, je vote et j'en suis fier. J'ai l'impression que mon vote compte, et j'ai beaucoup d'amis comme moi.»

Son père, un ancien conseiller municipal, se joint à la conversation et acquiesce aux propos de fiston. À l'autre bout du comté, Bernard Grégoire a fait le même genre de parcours. Cet ancien organisateur local de Robert Bourassa travaille pour son adéquiste de fille, Marie Grégoire, candidate dans Berthier. «J'étais le dernier libéral sur ma rue», dit-il en souriant.


«Mario Dumont est pur»

«C'est le temps de changer, continue Martin Provençal. Les gens sont fatigués de la vieille politique des vieux partis. Mario Dumont est pur, Marie Grégoire est pure. Je veux travailler avec des gens comme eux. Ça m'inspire, ça me redonne le goût de la politique.»

Léo Soulière, lui, pourrait de nouveau voter OUI, mais la question n'est clairement pas à l'ordre du jour. À 42 ans, ce conseiller municipal à Sainte-Geneviève-de-Berthier s'inquiète davantage de l'avenir de sa fille.

«Il faut qu'il se passe quelque chose. C'est décourageant en ce moment pour les jeunes. Ils nous feront vivre plus tard; il faut s'occuper d'eux maintenant.»

Mario Dumont le fera, croit-il. M. Soulière est renversé par la maturité et la persévérance du jeune chef politique.

«Il y a une crise de confiance envers la politique parce que c'est toujours la même affaire, mais ce petit gars-là va aller loin. Il a su résister aux avances et dire non au PQ et au PLQ. Il a refusé de se faire acheter.»

Lise Turcotte confirme: «Mario Dumont est un homme intègre, intelligent, d'une simplicité désarmante. Il ne répète pas les erreurs des autres. Il en fera d'autres, mais comme il reste près des gens, ce sera facile de le lui faire savoir.»


Une ancienne collègue de Guy Chevrette

Enseignante à la retraite et ancienne collègue syndicale de Guy Chevrette, Mme Turcotte a été de la fondation du parti avec Jean Allaire, en 1994, et candidate dans Berthier.

«Il y a beaucoup de jeunes à l'ADQ, c'est vrai, convient-elle. Mais si nous, les gens de 65 ans et plus, n'avons pas confiance en eux, ce serait renier l'éducation qu'on leur a donnée. Ils ne peuvent pas faire pire que les vieux partis.»

Provenant d'une famille plutôt «libérale au provincial», l'avocat de 27 ans Sébastien Proulx se dit tout à fait à l'aise dans un parti où «tout est à construire avec des matériaux neufs». L'ADQ est un parti tellement neuf, dit-il, qu'il n'échappe pas aux préjugés et aux simplifications.

«Dans les faits, dire qu'on est de droite relève d'une terminologie galvaudée. On est dans un bateau qui ne chavirera jamais à droite, pourtant.»

Malgré tout, le programme adéquiste en fait titiller plus d'un pour ses orientations en santé, par exemple. Curieusement, les militants, anciens et nouveaux, n'éprouvent aucune difficulté à le défendre, même un ancien péquiste comme Martin Provençal.

«S'il y a des gens qui peuvent se payer des services plus rapidement, tant mieux, parce que ça va dégager de l'espace et des gens dans le réseau public.»


Santé: deux vitesses, déjà

Léo Soulière ajoute que le système de santé québécois souffre déjà de plusieurs vitesses.

«En région, le système de santé est déjà à deux vitesses, dont une au ralenti en hostie! Je paie cher pour toutes sortes d'examens et on me fait attendre des mois, en plus», explique cet ancien leader syndical en arrêt de travail.

En fait, le pragmatisme triomphe en pays adéquiste. Consultant en informatique, Éric Caire milite dans la région de Québec. Il soutient que le programme de son parti, qui veut réduire la bureaucratie gouvernementale, trouve des adhérents chez les fonctionnaires.

«La popularité de l'ADQ dans la région démontre que les fonctionnaires sont les premiers à appuyer notre programme. Avec raison, puisque ce qu'on dit, c'est que l'État est trop lourd, surcloisonné et peu valorisant pour ses employés.»

Selon lui, l'ADQ veut revaloriser la dimension humaine au gouvernement. Et le programme adéquiste fourmille de considérations sociales, ajoute-t-il.

«Il faut poursuivre la réflexion au delà des apparences. Chaque section de programme agit avec souci d'équité et de solidarité», affirme ce consultant en informatique de 37 ans qui a quitté les rangs péquistes lors du discours postréférendaire de Jacques Parizeau.

Chez plusieurs adéquistes originaires du camp souverainiste, par ailleurs, il est clair que la question nationale n'est plus un enjeu fondamental.

«La souveraineté, ce n'est plus la solution. Les gens veulent la paix, ils veulent qu'on s'assoie et qu'on négocie. Fini la chicane!», lance Martin Provençal.


Gouvernement adéquiste?

Est-ce pour autant le temps d'élire un gouvernement de l'ADQ dirigé par le premier ministre Dumont?

«Quand c'est le temps, c'est le temps, pense Léo Soulière. Il faut battre le fer quand il est chaud, et là, ça brûle. Avec l'ADQ, c'est une façon de se reprendre en main, les Québécois, et ça, c'est aussi une façon d'être indépendants.»

À 27 ans, Sébastien Proulx se montre plus prudent: «J'apprécie le moment présent. Il faut y aller une victoire à la fois. Est-ce qu'on aura toute la matière grise nécessaire au gouvernement? L'important, c'est que Mario ne change pas, peu importe la situation.»

Même si elle a assisté aux premiers balbutiements de l'ADQ, il y a huit ans, avec Jean Allaire, un peu de temps dans l'opposition officielle ne ferait peut-être pas de mal à l'ADQ, pense Lise Turcotte. Après une pause, elle sourit et convient que les choses vont parfois très vite en politique.

«Le Québec est prêt pour un changement. Je le sais quand je vois qu'on prenait 15 minutes pour vendre une carte de membre auparavant et que les gens font maintenant la file pour en acheter une.»


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com