Les périls de l'été revus et corrigés

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Isabelle Paré
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 juin 2002

Mots clés : moustique

Virus du Nil, «maladie du hamburger», alerte aux rayons UV, maladie de Lyme, alouette! À entendre les bulletins de nouvelles, l'été est une jungle que l'estivant doit prendre d'assaut muni d'un Larousse médical, armé de crème et de pantalons longs, histoire d'échapper aux périls, cancers et bactéries qui le guettent. Mais quel est le risque réel posé par ces nouvelles nuisances aux noms saugrenus? Vérification faite, les plus grands dangers n'ont rien d'exotique et foisonnent sous notre nez, voire dans notre cour. Tondeuses et piscines handicapent et expédient au cimetière plus d'enfants que bien des virus réunis. Pour clore l'année en beauté côté «Page Santé», voici une visite guidée, revue et corrigée, des périls de l'été.

Au Québec, on sait que l'été approche quand, à l'instar des feuilles roussies qui annoncent l'arrivée de l'automne, le ministre du Tourisme se plante devant les caméras pour rappeler, devant un barbecue bien fumant, les dangers d'un hamburger trop saignant.

Depuis le scandale de l'eau contaminée à Walkerton, plus personne n'ignore l'existence de la vilaine bactérie E. Coli qui affectionne non seulement les eaux polluées mais aussi les viandes hachées laissées à l'air libre le beau temps venu. Chaque printemps, des campagnes s'emploient à nous rappeler la propension de la fameuse bactérie à frapper, dès l'été, les banlieusards en quête de grillades mal cuites. D'où son nom de «maladie du hamburger».

Le jour suivant, on entendra résonner à la radio les sonnettes d'alarme sur l'arrivée prochaine du virus du Nil à nos frontières, suivies des recommandations d'usage sur le port des insecticides et des pantalons longs pour faire échec aux moustiques infectés. Le lendemain, les vacanciers prêts à mettre le cap sur Ogunquit s'inquiéteront des conseils entendus sur la méchante tique du chevreuil, porteuse du parasite responsable de la maladie de Lyme, qui aiguise ses crocs dans les forêts de la Nouvelle-Angleterre.


Le péril dans votre assiette

Or un bref tour d'horizon des urgences nous apprend qu'au plus fort de l'été, certains risques sont plus théoriques que d'autres. Bien que préoccupante, la «maladie du hamburger», causée par l'ingestion de viande contaminée par la bactérie E. Coli 1057, fait-elle davantage de manchettes que de victimes? On a rapporté l'an dernier, au Québec, 378 cas d'entérite au E. Coli et deux décès l'année précédente.

Ces chiffres seraient toutefois sous-estimés, selon le Dr Louis Geoffroy, urgentologue à l'hôpital Sainte-Justine et responsable du comité de promotion de la santé. À son avis, il ne faut pas s'inquiéter du E. Coli en raison de sa fréquence mais plutôt à cause de sa dangerosité, surtout pour les jeunes enfants. «C'est la gravité des séquelles qui nous incite à faire des campagnes pour pousser les gens à prendre des précautions de base en manipulant la viande», explique ce dernier.

En effet, 10 % des enfants affectés par le E. Coli développent une maladie appelée SHU, ou syndrome hémolytique urémique, qui engendre des dysfonctions des reins, des globules rouges et parfois même du cerveau. Le SHU peut provoquer des séquelles rénales permanentes, obligeant à la dialyse ou à la transplantation, et entraîne le décès dans 3 % à 5 % des cas. Les décès sont beaucoup plus rares chez les adultes. Heureusement, selon le Dr Geoffroy, le nombre d'enfants victimes ou décédés du SHU à Sainte-Justine serait en baisse depuis quelques années.


Risques: nil?

En comparaison, le virus du Nil est un risque «virtuel», affirme ce médecin. «Il n'y a même pas eu de cas d'infection humaine ici, et de rares cas d'oiseaux infectés. On a bien plus de chance de mourir d'avoir mangé un hamburger que du virus du Nil», lance l'urgentologue.

Détecté en Amérique du Nord pour la première fois en 1999, le virus du Nil occidental (VNO), transporté par des oiseaux qui le transmettent ensuite aux moustiques, qui se chargent par la suite d'infecter les humains par leurs piqûres, a entraîné sept décès chez l'homme cette année-là, dans l'état de New-York. En 2001, le virus était désormais présent dans 27 États, causant 66 cas d'encéphalites, dont neuf mortelles.

On juge toutefois les risques de conséquences graves très faibles, puisque les personnes en bonne santé s'en tireront avec des symptômes s'apparentant tout au plus à une bonne grippe. Même dans les zones infestées, on juge que seulement 1 % des moustiques sont infectés. Pour l'alerte au VNO, donc, on repassera!

Quant à la maladie de Lyme, causée par un parasite transporté par la tique du chevreuil, elle demeure elle aussi un danger proprement local puisque seulement quelques États américains en sont affectés. Seuls les touristes prévoyant gambader avec leurs enfants dans les herbes ou les boisés du Connecticut, de l'État de New York, de la Pennsylvanie ou du New Jersey devraient s'en inquiéter, ainsi que ceux qui prévoient visiter le nord du Maine, notamment le Parc national Acadia et ses alentours. Quand la tique infectée enfonce ses crocs chez l'humain plus de 48 heures, elle peut lui transmettre la maladie, qui entraîne des problèmes importants aux articulations et au système nerveux.

«Mais il n'y a pas de cas ici car la tique du chevreuil n'est pas présente aux Québec. La précaution à prendre vise seulement les gens qui voyagent dans les États touchés. Ceux qui y font du camping devraient s'inspecter le soir avant d'aller au lit pour être certains d'avoir éliminé toutes les tiques», affirme le Dr Geoffroy.

On a rapporté en 1999, aux États-Unis, 16 000 cas d'infection par la maladie de Lyme, dont 92 % concentrés dans huit États américains. Toutefois, la maladie est souvent traitée avec des antibiotiques si détectée à temps.


Le monstre des banlieues

En fait, selon les médecins qui veillent au grain dans les urgences, les vacanciers et les parents angoissés devraient davantage se préoccuper de la morsure des tondeuses que de celles des moustiques ou d'autres bestioles, une fois l'été venu. Même s'il semble couler de source que tondeuse et enfants ne font pas bon ménage, bon an, mal an, environ une dizaine de bambins sont hospitalisés à l'hôpital Sainte-Justine pour des accidents liés aux tondeuses, dont la moitié pour subir des amputations.

«Les gens n'ont vraiment pas conscience de la puissance de ces engins et sous-estiment le danger que représentent les petits tracteurs ou les tondeuses ordinaires. Une lame peut trancher une roche en deux et la projeter à 100 milles à l'heure. Pourtant, bien des gens n'hésitent pas à faire faire un "tour de tracteur" à leurs petits. Il ne se passe pas un été sans que des enfants tombent et arrivent ici avec des pieds coupés, parfois même une jambe tranchée jusqu'au fémur. Ils restent gravement handicapés à vie», insiste le Dr Geoffroy.

Le scénario classique est celui du petit garçon chevauchant papa sur son tracteur, qui perd l'équilibre en raison d'une bosse sur le terrain ou du chavirement de l'appareil, et dont un membre est fauché par la lame.

C'est d'ailleurs chez les enfants de moins de cinq ans que les tondeuses font le plus de blessés, ainsi que chez les jeunes adolescents pour qui la tondeuse devient un petit gagne-pain l'été venu. «Les accidents sont très fréquents aussi chez les ados et pour nous, il est clair qu'un enfant de moins de 15 ans ne devrait pas s'approcher d'une tondeuse en marche», dit-il.


C'est dans ma cour que ça passe

Tout compte fait, c'est dans leur propre cour que les gens s'exposent, eux ou leurs enfants, aux plus grands risques. Les traumatismes par accidents, brûlures ou noyades, demeurent les principaux faucheurs de vie pendant l'été.

Comme on le sait, le Québec est le champion toutes catégories de la piscine hors terre au Canada et le nombre de piscines y augmente de 10 % à 15 % par année. Toutefois, l'obsession des banlieusards pour la pastille d'eau azurée dans le fond de la cour se traduit aussi par le plus grand nombre de noyades chez les bambins de quatre ans et moins au pays. Pas moins de 56 des 115 noyades rapportées entre 1991 et 1999 au Canada se sont produites au Québec.

Bon an, mal an, au moins une quinzaine d'enfants québécois de moins de 15 ans se noient dans la piscine de leurs parents ou de voisins immédiats, et une trentaine d'autres sont hospitalisés pour des quasi-noyades qui les laisseront souvent dans un état végétatif ou handicapés à vie. Et la tendance ne semble pas vouloir se résorber, affirme notre urgentologue.

«La noyade reste le phénomène le plus catastrophique. À l'urgence, nous recevons chaque année entre cinq et dix enfants victimes de noyades ou quasi-noyades qui auraient pu être évitées. Et cela, en dépit de toutes les campagnes menées depuis des années. Le problème, avec la noyade, c'est qu'une minute sous l'eau ne pardonne pas. À mon avis, piscine et jeunes enfants ne vont pas ensemble», affirme ce médecin.

Enfin, les traumatismes crâniens graves, souvent reliés à l'absence de casque de protection, constituent enfin la première cause de décès reliés aux accidents chez les jeunes. Pas étonnant, quand on sait que la moitié des enfants qui font du vélo négligent de porter leur casque, ainsi que 70 % de ceux qui font du patin à roues alignées, et jusqu'à 80 % de ceux qui font de la planche à roulettes! Pourtant, toutes les études récentes révèlent que le port du casque peut réduire de 84 % le risque de traumatismes graves.

«Les traumatismes sont notre pain quotidien à l'urgence. L'idée n'est surtout pas de dire aux gens de ne plus faire de sport, car l'exercice maintient les gens en santé. Mais les moyens de prévenir ces accidents graves sont souvent très simples, soutient le Dr Geoffroy. La majorité des blessures que nous soignons ici auraient pu être évitées.»

À bien y penser, avant de s'enduire de crème ou de faire la guerre aux moustiques, les gens devraient peut-être se préoccuper davantage d'éloigner les petits de la tondeuse, de munir leur piscine d'une barrière de sécurité automatique et d'équiper la famille en casques de vélo. Bon été!


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