L'ADQ, le chien et l'auto
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Il y avait quelque chose de surréaliste à voir libéraux et péquistes poursuivre leur chamaillage quotidien, hier matin à l'Assemblée nationale, alors que celui dont le nom est sur toutes les lèvres ces jours-ci brillait par son absence.
Après s'être rendu compte qu'en attaquant l'intégrité du gouvernement, elle faisait le jeu du seul parti qui n'a jamais eu l'occasion de tremper dans une quelconque «affaire», l'opposition s'en est tenue cette semaine au thème moins risqué de la santé. Il était assez savoureux d'entendre le ministre de la Santé, François Legault, qui n'a pas la réputation d'être le plus social-démocrate du cabinet Landry, s'époumoner à dénoncer le «vent de droite» qui menace notre système de santé.
D'un côté comme de l'autre, on s'entend pour dire que le programme de l'ADQ est le talon d'Achille de Mario Dumont. Encore faut-il y aller avec un minimum de tact. Après le député péquiste de Vachon qui avait associé les politiques adéquistes à celles du Front national de Jean-Marie Le Pen, c'est la ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais, qui a dû se confondre en plates excuses après avoir insulté toute une génération en voulant dénoncer la philosophie individualiste de l'ADQ.
Il est pourtant vrai que son programme a de quoi laisser perplexe. Sur papier, il est facile de mettre fin à la sécurité d'emploi dans le secteur public, d'abolir la formule Rand ou encore d'instituer un régime de revenu garanti, mais est-ce bien réaliste? L'ADQ fait penser à un chien qui court après une auto: s'il l'attrape, que va-t-il faire?
Loin d'adoucir ses positions, M. Dumont les a réaffirmées sans la moindre gêne lors de l'entrevue qu'il a accordée au Devoir cette semaine, y compris en ce qui concerne le secteur de la santé, où l'ADQ propose bel et bien un système «à deux vitesses», même si son chef refuse cette étiquette. Les résultats du sondage Léger Marketing, dont Le Devoir publie aujourd'hui le deuxième volet, suggère d'ailleurs que l'idée est peut-être moins sacrilège qu'on le croit.
À quelques nuances près, le «projet de société» des libéraux et des péquistes s'inscrit à l'intérieur des mêmes paramètres fixés par la Révolution tranquille. La question est de savoir si le profond désir de changement, qui mène 51 % des Québécois à souhaiter l'élection d'un gouvernement adéquiste, résulte simplement de l'usure du PQ et de l'incurie de Jean Charest ou si ce sont vraiment ces paramètres qu'ils veulent changer.
On peut facilement comprendre M. Dumont de qualifier d'improbable une victoire de l'ADQ aux prochaines élections générales. Les Québécois aiment bien le voir faire un pied de nez à tous les establishments, qu'il s'agisse des centrales syndicales ou des géants de l'industrie pharmaceutique, mais si jamais un gouvernement Dumont devenait une probabilité, plusieurs pourraient prendre peur devant ce saut dans l'inconnu.
Visiblement dépassé, le gouvernement Landry donne plus que jamais l'impression d'improviser. Hier encore, la vice-première ministre Pauline Marois a pris tout le monde de court -- y compris le bureau du premier ministre, semble-t-il -- en annonçant la tenue d'une sorte de congrès d'orientation sans le nom, l'automne prochain, afin d'explorer de «nouvelles avenues».
Le conseil des ministres reprend aujourd'hui la discussion sur la stratégie à adopter au cours des prochains mois, amorcée le 17 avril dernier. Tout indique que Mme Marois a maintenant rejoint son collègue de la Santé, François Legault, dans le camp de ceux qui préconisent la tenue d'un référendum sur le rapatriement de points d'impôt en même temps que des élections générales.
Le calcul est le suivant: même si le PQ perd le pouvoir, un gouvernement formé par le PLQ ou même par l'ADQ ne pourrait laisser ce référendum sans lendemain et se verrait forcé à un nouvel affrontement avec Ottawa, relançant du coup la ferveur souverainiste.
S'il y a une bonne nouvelle pour le PQ dans le sondage de Léger Marketing, c'est bien qu'en dépit de la débandade des derniers mois, l'option souverainiste conserve l'appui de 42 % de la population et de 58 % des francophones. Le problème est que le PQ n'est plus considéré comme le seul véhicule de leur projet par les souverainistes eux-mêmes.
Encore faudrait-il que le gouvernement Landry ait toujours la capacité de mobiliser la population. Si le PQ prend la raclée que plusieurs lui prédisent aux élections partielles du 17 juin, tous ces beaux projets risquent de tomber à l'eau.
Mme Marois assure que le leadership du premier ministre demeure intact, mais ce dernier n'a plus la confiance que de 26 % des francophones, soit quatre points de moins que le PQ lui-même. On l'imagine mal prendre la tête d'une croisade que les deux autres partis auraient tout intérêt à boycotter.
Le PLQ n'était pas davantage prêt à réagir à l'ascension de l'ADQ. Dans l'entourage de Jean Charest, on reconnaît qu'il faudra revoir totalement la stratégie, mais on devra attendre à l'automne avant de voir les résultats de ce changement de cap. On convient toutefois que le chef du PLQ devra présenter une vision beaucoup plus articulée, totalement inexistante à ce jour, de l'avenir du Québec.
Pour l'heure, on s'emploie à faire baisser les attentes en prévision des élections partielles, au point où on se satisferait maintenant d'une seule victoire. On est déjà prêt à concéder Berthier et Joliette à l'ADQ, à la condition de ne pas terminer troisième, mais on n'ose imaginer les conséquences d'une défaite dans Vimont. Au moins, la carrière de Bernard Landry est derrière lui.

