Revue de presse - Favoritisme québécois et ADQ westerner
Mots clés : adq
Le «visibilité-gate» -- ou «commandite-gate»: pour plusieurs, la racine du problème est extérieure au ROC (rest of Canada). Le favoritisme, la corruption, ce sont des produits d'importation. Leur provenance: le Québec.
C'est notamment l'avis de Richard Gwyn, célèbre chroniqueur au Toronto Star, qui écrivait mercredi: «Tout le monde sait que le favoritisme et les retours d'ascenseur font partie des moeurs politiques du Québec rural. La sauvegarde de l'unité nationale, cette cause sacrée, est toujours l'excuse idéale pour céder à cette culture.»
Dans la même veine, Jeffrey Simpson affirmait mardi dans le Globe and Mail que «M. Chrétien vient d'une culture politique du Québec rural où les députés, et particulièrement les ministres, doivent livrer la marchandise». Selon Simpson, cette culture peut se résumer par une formule assez simple, attribuée à Israel Tarte, le ministre des Travaux publics de Wilfrid Laurier: «Les élections ne se gagnent pas avec des prières» (en français dans le texte.)
La thèse d'une racine québécoise de la corruption canadienne suscite dans le ROC des phrases comme celle qu'on retrouvait dans la chronique de jeudi de Diane Francis sur le «commandite-gate», dans le Financial Post. Francis parlait d'une quelconque manoeuvre d'un «promoteur du Québec». Suite de mots qu'elle fait suivre d'un «évidemment» lourd de sens. Le promoteur en question, par une astuce, a réussi à obtenir un «contrat» aux dépens des autres «qui n'étaient pas du Québec». Évidemment.
Pourtant, à l'échelle des scandales de l'histoire politique du fédéral, les derniers déboires des libéraux ne semblent être que de la petite bière. C'est Jeffrey Simpson qui l'a démontré dans le Globe and Mail de mardi. Exemple: à l'origine, en 1859, la construction de l'édifice du parlement fédéral «était censée ne coûter que 300 000 $. Une fois terminée, la facture s'est élevée à 1 419 355 $, en grande partie à cause de l'incompétence mais aussi du favoritisme orchestré par l'architecte, l'un des argentiers de John A. Macdonald».
Mercredi dernier, en éditorial, le Toronto Star enjoignait aux libéraux fédéraux de «retrouver leur sens moral». Sinon, «le parti de la société juste de Pierre Trudeau risque d'être baptisé le parti "just me and my friends"». Peut-être, sauf que, selon ce que Jeffrey Simpson racontait dans le Globe mardi, il y a 25 ans, «les libéraux de Pierre Trudeau s'adonnaient au favoritisme de façon hebdomadaire». Les ministres du Québec «se réunissaient dans une pièce attenante à la salle à manger et distribuaient l'argent». Tout ça se faisait sous «la direction du lieutenant de Trudeau au Québec, Marc Lalonde». Les firmes libérales d'architecture, et de publicité notamment, se faisaient alors accorder de juteux contrats. Simpson conclut par un «plus ça change, plus c'est pareil» (en français) tout en notant que l'acceptation du favoritisme n'a jamais été aussi basse.
Au reste, que pense le ROC des tentatives de Jean Chrétien de redorer le blason de son gouvernement? Don Martin, du Calgary Herald, qualifiait mardi l'opération de rétrogradation des Boudria et Eggleton de «nettoyage éthique». Il ne faut pas, selon lui, être dupe de ces manoeuvres, pas plus que du «plan d'éthique en huit points», dont le contenu est archiconnu et que le premier ministre n'a adopté «que pour nous faire croire qu'il prend le problème au sérieux».
Le Globe exprimait mardi un ras-le-bol bien senti en réclamant en éditorial rien de moins que la «démission du premier ministre». Le texte s'intitulait «Le geste que M. Chrétien a oublié dans son remaniement». Pour le Globe, si le premier ministre «veut vraiment faire maison nette, il doit donner l'exemple en annonçant sa propre démission».
L'ADQ: sa soudaine popularité, de même que son programme d'apparence «westerner», commence à intriguer dans le ROC. Mercredi, le Globe and Mail y consacrait un éditorial dans lequel il écrivait: «L'adjectif "météorique" convient à peine pour décrire l'ascension de l'Action démocratique du Québec.» Le Globe voit un «risque» à cette montée: que le parti de Mario Dumont «siphonne assez d'appuis aux libéraux pour permettre au gouvernement péquiste déclinant de livrer bataille. Ce serait dommage pour une province et un pays qui ont grand besoin de passer à autre chose que la débilitante question nationale».
ADQ, pour Alliance... du Québec? William Johnson faisait remarquer jeudi que le programme de l'ADQ «est proche de celui de l'Alliance canadienne». Les deux partis promettent en effet, note Johnson, de mettre un frein à l'empiétement par le fédéral des champs de compétence des provinces. Aussi, ils sont «populistes sur le plan démocratique et conservateurs sur le plan économique». Johnson s'interroge: «Le Québec, comme le Canada de l'Ouest, s'apprête-t-il à virer résolument à droite? Le destin de l'ADQ pourrait bien s'avérer déterminant pour l'ensemble du pays.»
Paul Wells, du National Post, présentait récemment Mario Dumont à ses lecteurs du ROC. Le chroniqueur faisait état du même virage à droite que semble révéler le soudain accès de popularité de l'ADQ. Ainsi, raconte Wells, lorsque Bernard Landry a voulu faire peur aux électeurs en disant qu'un vote pour l'ADQ, c'était un vote pour «un seul niveau d'imposition [la fameuse flat tax] et pour la mise à pied d'un quart de la fonction publique, une grande portion de la population québécoise a répondu, de façon étonnante: "Génial!"»
Dumont n'envisage pas à court terme de réformer complètement la Constitution, indiquait Wells. Une ADQ au pouvoir préférerait dans un premier temps tisser des alliances circonstancielles: au fédéral avec l'Alliance ou les conservateurs «et au provincial avec les gouvernements de l'Alberta et de la Colombie-Britannique». Dumont n'a «entendu parler de ces endroits que dans les livres», note Wells, qui fait remarquer que le jeune chef n'a pas beaucoup voyagé au Canada. Reste que les convergences idéologiques sont grandes entre les programmes de ces partis westerners et la plateforme adéquiste: privatisation partielle du système de santé, libre choix dans les services publics, un système de «bons d'éducation», type de mesures qui plaisent aux Gordon Campbell et Ralph Klein.

