«Montréal m'a donné la liberté»

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Bernard Lamarche
Édition du samedi 25 et du dimanche 26 mai 2002

Mots clés : photographie

Le photographe Spencer Tunick reste un artiste non grata chez lui, à New York

Spencer Tunick devant la photo qu'il a faite à Montréal.

Photo: Jacques Nadeau

Le photographe new-yorkais Spencer Tunick était de retour à Montréal hier pour présenter les images qu'il a tirées de sa performance du 26 mai 2001. À l'invitation du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM), Tunick est revenu sur les lieux de sa prise de vue, où il avait déshabillé un nombre ahurissant de 2500 volontaires. Cette fois-ci Tunick n'a dénudé personne, sinon les résultats de son travail.

Rares sont les occasions pour Tunick de retourner sur ses pas. Rencontré hier au MACM avant de rencontrer le public, Tunick rappelle que la majorité de son travail est fait «underground» à New York, en plus des festivals et des musées. «J'ai fait un travail avec la kunsthalle de Vienne, mais ils n'ont pas exposé les images, seulement les vidéos de l'installation. La plupart du temps, les institutions n'ont pas les moyens financiers de faire venir les oeuvres dans leurs murs.» Au MACM (qui présente les images gratuitement), Tunick aurait préféré «qu'il y ait plus de photographies ici pour que je puisse partager entièrement ma vision avec les gens».


Au sujet de son travail, Tunick explique qu'à chaque fois «les masses de corps similaires donnent de nouvelles significations aux lieux photographiés», qui, eux, changent. Trois images grands formats sont exposées au MACM tout l'été, dans le hall d'entrée de l'institution de la rue Sainte-Catherine. Une de ces images montréalaises montre la foule comme si elle était étendue devant les voitures de police, qui apparaissent à la fois comme une menace et comme encadrant cette marée humaine de leur présence.


Tunick est toujours considéré artiste non grata dans sa propre ville. «Je n'ai pas travaillé depuis deux ans à New York», dit-il. Après avoir remporté son procès à la Cour suprême des États-Unis, où il poursuivait la ville de New York pour l'avoir arrêté lors d'une de ses manifestations, la ville lui a refusé le permis nécessaire à d'autres performances. «J'étais très heureux d'appliquer pour mon premier permis légal après ma victoire en cours.» Le permis n'est jamais venu. En octobre 2000, la ville de New York a attendu trois jours avant un de ses événements pour lui refuser le permis. «Je me suis senti coincé [trapped]. Même s'ils devaient me donner le permis, j'imagine qu'ils se sont dit que je pouvais encore les poursuivre. Avant les événements du 11 septembre, la ville était riche et pouvait supporter les nombreuses poursuites concernant le Premier amendement de la Constitution américaine. Ils n'avaient aucun scrupule à arrêter les artistes ou à violer leurs droits. Je suis retourné underground, sans la couverture médiatique qu'a connue Montréal.»


Avec l'appui de l'institution muséale d'État et avec le succès sans précédent de participation -- le record de 2500 personnes a depuis été hissé à 4000 à Melbourne -- Tunick s'est senti en position de donner une leçon à la «politique corrompue des États-Unis contre le corps humain.» La performance de Montréal s'est même rendue sur les ondes de World News. «Ils ont vu 2500 personnes poser pour moi avec une aide du gouvernement. C'est pourquoi j'apprécie à ce point les gens de Montréal». À la suite de Montréal, d'autres occasions se sont présentées à l'artiste, en Suisse, à Londres ou à Buenos Aires. «Montréal m'a donné la liberté». Aux États-Unis, les institutions muséales n'ont pas encore eu «le courage» de présenter le travail de Tunick.


Le dernier projet de Tunick, Nudeadrift, a pris naissance à Montréal. Un journal photographique, ce projet prévoit de photographier des corps nus dans des lieux incongrus à travers le monde. Pour en connaître davantage sur ce projet, le site Internet www.nerve.com/nudadrift, permet de lire ce journal en plus de voir des images du voyage. Le projet sera exposé à New York en février et mars à la I-20 Gallery.


Son rêve serait de travailler avec les villes de Chicago ou de San Francisco. Pour l'instant, bien que la plus grande part de son travail soit à très petite échelle, à l'abri de l'attention des médias, Tunick lance un défi aux villes de Vancouver et de Toronto pour battre la somme de corps montréalais.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com