Copinage entre Everest et le PLC
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Au moins six des onze têtes dirigeantes de l'agence de publicité Groupe Everest, impliquée dans le controversé programme fédéral de commandites visant à faire la promotion de l'unité canadienne et par lequel elle a encaissé des millions de dollars, sont intimement liées au Parti libéral du Canada et, plus largement, à la famille fédéraliste.
En mars dernier, M. Boulay a loué sa résidence de Magog, dans les Cantons-de-l'Est, à la famille du ministre fédéral des Travaux publics, Don Boudria, de qui relève ce programme de commandites. Or le ministre Boudria, qui a succédé à Alfonso Gagliano, lui-même évincé du conseil des ministres à cause d'une multiplication d'allégations de favoritisme, devait justement assurer l'intégrité du gouvernement de Jean Chrétien.
Selon M. Boulay, ce serait sa conjointe, Diane Deslauriers, qui aurait négocié cette location. Mme Deslauriers est vice-présidente et responsable des commandites au Groupe Everest. Dans la foulée des révélations publiées par Le Devoir tout au long de la semaine, Mme Deslauriers a confirmé en entretien téléphonique qu'elle est également organisatrice et collectrice de fonds pour le Parti libéral du Canada. Et fière de l'être.
«Je ne m'en cache pas. Je suis libérale, a affirmé Mme Deslauriers. Moi, je n'ai pas de contrats des péquistes. [...] Je n'en attends pas non plus. Je suis rouge libéral. C'est moi qui décide d'aider le Parti libéral à faire des levées de fonds. J'ai aidé Mme [Liza] Frulla, j'aide des gens à Ottawa et je l'ai fait longtemps pour Paul Gobeil [président du Conseil du trésor sous Robert Bourassa]. Je n'ai jamais caché mes origines.»
L'animateur de la station radiophonique CKAC, Jean Lapierre, un ancien député libéral fédéral, a présenté Mme Deslauriers comme «la reine des vendeuses de billets pour les cocktails, pour les soupers-bénéfices», lors de son émission, plus tôt cette semaine.
Outre l'aide de Mme Deslauriers, la caisse électorale du PLC bénéficie de la générosité du Groupe Everest, de certains de ses actionnaires et de certains de ses dirigeants. Ainsi, selon le rapport financier du Directeur général des élections du Canada, 46 649 $ ont été versés aux libéraux en 2000, année électorale.
Le couple Boulay-Deslauriers n'est pas le seul à nager dans la grande mer rouge. Le vice-président au développement de l'entreprise, Claude Lacroix, et sa conjointe Suzanne Poulin circulent depuis longtemps dans les cercles politiques. Par l'entremise du cofondateur d'Everest, Jean-Bernard Bélisle, un ami de Jean Charest, M. Lacroix est devenu un pilier de l'équipe Charest à l'époque où il était conservateur à Ottawa.
De plus, Suzanne Poulin, la conjointe de Claude Lacroix, a été la principale collaboratrice de Jean Charest au Parti conservateur du Canada de 1984 à 1998. Par la suite, elle l'a suivi au Parti libéral du Québec. Le Groupe Everest a été l'artisan de ce passage difficile. D'ailleurs, depuis la défaite libérale de 1998 au Québec, le Groupe Everest n'est plus du tout dans l'orbite de Jean Charest.
Sur la scène municipale, des dirigeants du Groupe Everest sont également fort actifs. À Sherbrooke, l'agence a fait les campagnes de communication de la municipalité depuis 1976. Aujourd'hui, Louise Allard, directrice de cabinet du maire de Sherbrooke, est la conjointe de Jean-Yves Laflamme, vice-président au développement des affaires du Groupe Everest à Sherbrooke. Mme Allard a pris la relève de son conjoint, lui-même directeur du cabinet du maire Jean Perreault de 1994 à 2000.
Le nom du Groupe Everest ressort également à Longueuil. Michel Guitard, vice-président aux relations publiques du Groupe Everest, a travaillé au sein de l'état-major du maire Jacques Olivier lors de la campagne électorale de l'automne dernier. Le maire Olivier est un ancien ministre libéral fédéral. Récemment, le Groupe Everest a décroché un important contrat de relations publiques de la municipalité au montant de 1,3 million. D'aucuns y ont vu un retour d'ascenseur entre amis.
«Ce que je fais le soir et la fin de semaine, ça me regarde, et ce n'est pas lié au contrat obtenu», a lancé M. Guitard sur un ton enflammé au Devoir.
La collègue de ce dernier, Marie Claire Vaillancourt, directrice des commandites et du partenariat au Groupe Everest, est la soeur du maire de Laval, Gilles Vaillancourt. Ce dernier a maintes fois été sollicité par le PLC pour se lancer en politique fédérale. Le Groupe Everest n'est toutefois pas la firme-conseil de l'administration municipale de Laval.
Hier, le Groupe Everest a réagi à la quatrième manchette successive du Devoir à propos du programme de commandites. L'agence nie avoir facturé «aller-retour», soit Ottawa et les organismes commandités tout à la fois. Le Devoir a démontré que le Groupe Everest a représenté les deux parties en même temps dans au moins trois dossiers.
Deux des organismes commandités, soit la Ville de Sherbrooke et l'équipe de soccer L'Impact de Montréal, ont versé au Groupe Everest une commission de la commandite reçue. Dans le cas de la Ville de Sherbrooke, l'argent était destiné à soutenir financièrement la production du calendrier municipal.
Dans un communiqué de presse, le Groupe Everest souligne qu'en 1998, la commandite de Sherbrooke n'a pas été de 25 000 $, comme l'affirme le directeur général de la Ville de Sherbrooke, mais plutôt de 10 200 $. Communication Canada a précisé hier qu'il s'agissait bien de 10 200 $.
Par-delà les versions contradictoires, il demeure toutefois que la Ville de Sherbrooke, en 1997 et 1998, a versé au Groupe Everest 40 % de la commandite pour faire du démarchage alors qu'elle était payée de l'autre côté de la clôture par le gouvernement du Canada.
Le Groupe Everest a vu le jour dans les Cantons-de-l'Est en 1976 sous le nom d'Agence de publicité de l'Est. Aujourd'hui, l'entreprise a de nombreuses filiales spécialisées dans divers domaines de la vaste industrie de la communication (relations publiques et publicité, entre autres). Une de ses filiales, Média I.D.A. Vision, reçoit 3 % de toutes les commandites allouées pour coordonner le programme au nom du gouvernement. Média I.D.A. Vision surveille le Groupe Everest et huit autres agences présélectionnées par le gouvernement qui gèrent des commandites. Au passage, le Groupe Everest et ces agences empochent 12 % des commandites.
Le 1er novembre 2001, le Groupe Everest célébrait son 25e anniversaire, fier de compter des antennes à Montréal et à Ottawa ainsi qu'un partenaire international, DraftWorldwide. Environ 150 personnes sont employées au Groupe Everest à l'heure actuelle.
Comme ils l'écrivaient l'automne dernier dans le quotidien La Tribune, M. Boulay, le vice-président Jean-Pierre Toupin et Claude Lacroix estiment avoir su «faire partager leur rêve et leur passion d'entrepreneurs-bâtisseurs à de nombreux "alpinistes" qui ont gravi au fil des années les pistes accidentées de l'Everest».

